AILLEURS DANS LE MONDE

«NOUS NE SOMMES PAS CE QUE PENSENT LES AUTRES»

Le récit d'une intervention auprès des jeunes, désœuvrés,  montre que la confiance en l'autre donne plus de résultats que la répression. Le Cap Vert, est situé dans l'océan atlantique nord, à l'ouest au large des côtes de l'Afrique, presque vis-à-vis le Sénégal. C'est là que la violence éclate entre des bandes rivales. Le médiateur comprend que les morts résultant de ces confrontations est le fait de jeunes qui « ne savent pas ce qu'ils font ».

Au fond d'eux, ils savent qu'ils « ne sont pas ce que pensent les autres ». Et l'éducateur saura faire appel à cet élan positif vers la réconciliation.

Ils voulaient me rencontrer. Quarante personnes se présentèrent et débutèrent en disant : « Nous ne sommes pas ce que pensent les autres. »  Cette rencontre donna son élan à une relation à visage découvert avec presque tous les membres du groupe. 

Cela faisait à peine plus d’un an que nous avions ouvert le centre jeunesse, en périphérie de la ville de Mindelo, sur l’île São Vicente. Nous y avions en même temps une multitude d’activités. La troupe de théâtre et les enfants qui apprenaient à jouer d’un instrument de musique étaient de ceux qui suscitaient le plus de curiosité parmi les gens qui espionnaient par les fenêtres ouvertes devant le centre. Et lorsque nous avons commencé la répétition avec les adolescents, pour un bout de temps, nous avons été la cible d’insultes et de dérision qui nous arrivaient à travers les volets fermés donnant sur la ruelle à côté de la bâtisse. La salle de jeux, avec le foot et le ping-pong, était accessible à tous les jeunes, mais le billard qui était un des rares dans la ville (et du reste gratuit comme tous les autres jeux) exerçait la plus forte attraction. La salle de télévision, quant à elle, se remplissait de jeunes et de cris lors des grandes parties de foot. Et grâce au champ en terre devant le centre, un entraineur occasionnel cherchait à mettre sur pied une équipe de U-15 (moins de 15 ans).

UNE EXPLOSION DE VIOLENCE

C’est au mois de mai 2009 que nous avons entendu dire que dix-sept jeunes s’étaient retrouvés à l’hôpital à la suite d’une bataille survenue entre deux bandes sur une plage très aimée des habitants de l’île. Un de ces gangs était du quartier où se trouve notre centre jeunesse et l’autre, d’un quartier voisin. Tous savaient qu’il y avait rivalité entre les deux, mais personne ne savait comment réagir face à cette explosion de violence qui, depuis quelques années, sévissait fortement parmi les jeunes dans les grands centres urbains du Cap-Vert. J’y pensai beaucoup et décidai que je devais faire quelque chose ; je me disais que si je ne les connaissais pas, eux très certainement en savaient beaucoup sur mon compte !

Le chef de notre gang me dit alors : « la paix entre nous est impossible, ils doivent maintenant tuer l’un des nôtres ! » Pour autant, je n’ai jamais cessé de croire à la sincérité des paroles dites lors de la première rencontre alors que grandissait en moi la conviction que ces jeunes « ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 24)
UNE INITIATIVE BIEN REÇUE

Ne sachant pas exactement quoi faire, je décidai d’écrire une lettre au gang du quartier de notre centre jeunesse et, après quelques semaines, je m’informai à savoir ce que les jeunes en avaient fait. Ils me dirent que la lettre avait été affichée au mur de la salle où ils se retrouvaient.  Ils voulaient me rencontrer. Quarante personnes se présentèrent et débutèrent en disant : « Nous ne sommes pas ce que pensent les autres ». Cette rencontre donna son élan à une relation à visage découvert avec presque tous les membres du groupe. 

Quinze jours après, il y eut un assassinat : un jeune homme de 17 ans perdit la vie par arme blanche chez lui devant sa famille. Il appartenait à la bande du quartier voisin.    

Dans les jours qui suivirent, la police arrêta neuf jeunes impliqués dans l’assassinat ; ils étaient du quartier de notre centre. 

Le chef de notre gang me dit alors : « la paix entre nous est impossible, ils doivent maintenant tuer l’un des nôtres ! » Pour autant, je n’ai jamais cessé de croire à la sincérité des paroles dites lors de la première rencontre alors que grandissait en moi la conviction que ces jeunes « ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24). 

Je continuai donc la relation avec les jeunes des deux bandes. Une fois, avec ceux de l’autre quartier, j’ai demandé  ce que je pouvais faire pour eux. L’un deux afficha un grand sourire et dit : « un centre jeunesse ! » Ma réponse en fut la promesse.

MÉDIATION EN FAVEUR DE LA PAIX

Ils vivaient prisonniers de leur rivalité. Hors de leur quartier ils ne pouvaient chercher du travail ni aller à l’école, ni visiter une petite amie, ni même un parent. C’est ce qui, à un certain point, les persuada d’accepter une médiation en faveur de la paix.

En février 2011, avec l’aide des chefs respectifs, nous avons organisé une partie de foot qui se déroula en toute quiétude et, à la fin, main dans la main les joueurs coururent vers leurs mères qui avaient préparé à manger pour tous sur la terrasse d’une grande maison.

Cette paix résonna immédiatement dans toute la ville, arrêtant même la campagne électorale en cours. Encore aujourd’hui ces jeunes continuent de vivre en paix, bien que le nouveau centre jeunesse n’ait jamais vu le jour. Les jeunes changent mais la société adulte poursuit sa route, égoïstement.

vol. 124, no 2 • Octobre 2019

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