
AH ! QUEL GRAND MYSTÈRE !
HENRI ETHIER, ofm
Aujourd’hui encore, Dieu veut faire alliance avec nous, Dieu rêve de faire alliance avec chacun de nous, puissions-nous disposer nos cœurs à cette alliance !

Pour François d’Assise et pour la vie franciscaine,
la célébration de Noël ouvre le cœur à l’accueil
du rêve de Dieu sur le monde et à l’engagement
pour qu’il advienne de plus en plus.
Quand vient Noël nous aimons nous rappeler le beau geste de François d’Assise qui invite les frères et les gens du petit village de Greccio à venir célébrer, au cœur de la nuit, la naissance de Jésus. Dans une grotte, autour d’une mangeoire d’animaux couverte d’un peu de paille, avec un bœuf et un âne, la communauté rassemblée célèbre l’incarnation de Dieu, sa venue dans notre histoire.
Cette année-là, François voulait vivre la fête et faire sentir à tous la grandeur et la beauté du mystère de la venue du Seigneur. Noël est l’occasion de célébrer le rêve de Dieu sur le monde par le don inouï de l’incarnation. Dieu fait chair. Dieu Proche, Dieu avec nous, Dieu qui assume notre humanité par amour et avec amour. François retrouve en ce jour, ce qu’il a maintes fois médité et prié du bel hymne de la lettre Philippiens :
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »
En Jésus, le rêve de Dieu prend forme dans notre humanité et il le fait non par des signes de puissance ou de domination; mais sous les traits de l’humilité et de la pauvreté. Dieu avec nous sur les chemins de notre vie dans l’humilité. C’est comme si Dieu voulait ainsi se faire accessible à tous et à toutes, quelles que soient les conditions, les expériences. Personne n’est assez éloigné par son indifférence, ses limites et même son péché pour ne pas avoir accès à la bonté de Dieu dans sa miséricorde.
Pour François, tout cela n’est pas le fruit d’une spéculation intellectuelle mais de son expérience nourrie de silence, d’écoute de la Parole, d’attention à suivre Jésus en qui il découvre la révélation de l’Amour. Humblement, à la manière du Christ pauvre, il s’applique à vivre le saint Évangile au cœur des événements qui jalonnent sa vie. Dans l’incarnation, c’est dans le quotidien de la vie ordinaire que Dieu se fait proche en Jésus. C’est là qu’Il révèle sa bonté, sa compassion, son amour privilégié pour les petits.

Ce rêve de Dieu pour le monde est communion de Vie et d’Amour. Il s’adresse à toute personne mais aussi à l’humanité entière et même à toute la création en ce qu’elle est signe de la grandeur et de la beauté de Dieu et est appelée elle aussi à entrer dans ce grand projet de vie.
La naissance de Jésus est une porte d’entrée dans le mystère du Royaume. Elle suscite contemplation mais aussi engagement à reproduire dans la vie ce qu’on découvre de l’immense Amour de Dieu.
Pour aller plus loin que l’évocation de cette nuit de grand mystère, on peut dire que pour François et tant d’hommes et de femmes qui se sont inspirés de son expérience, Noël est une occasion privilégiée de vivre l’Amour reçu en reprenant avec le Verbe Incarné, les chemins de la bonté, de la proximité, de la fraternité et de la compassion.
Parmi ces nombreux chemins à prendre avec le Christ, à Noël on se sent sollicité par celui de la Paix, toujours à bâtir dans un monde qui se cherche et où elle est si fragile. Paix nourrie de la Parole. Paix qui appelle accueil, proximité, entraide, reconnaissance de l’autre comme un frère ou une sœur à aimer. Paix avec la conscience de nos fragilités et du besoin d’une conversion du cœur. Le chantier est vaste et il touche notre vie personnelle et communautaire tout autant que la vie du monde trop marqué par les guerres, les injustices de toutes sortes.
Le projet nous parait souvent trop vaste pour nos moyens; mais à la manière de François devant l’invitation à réparer la maison de Dieu, il ne faut pas attendre de tout comprendre pour avancer mais plutôt poser notre pierre pour la reconstruction du monde. Toute démarche de paix, aussi simple soit elle contribue à réaliser le rêve de Dieu révélé à Noël. Paix sur la terre au monde qu’il aime.
En Dieu qui s’incarne, on comprend aussi qu’Il n’y a pas de séparation entre le monde spirituel et la création. C’est dans le monde que Dieu s’incarne et la création, par sa grandeur et sa beauté, est manifestation de la bonté de Dieu. Elle est lieu de sa présence et c’est pourquoi elle est à accueillir avec respect. Elle n’est pas un bien à surexploiter mais une maison commune pour toute l’humanité. Elle est aussi un chemin de rencontre de Dieu.
La venue du Sauveur qui se fait notre frère en humanité nous convoque aussi à vivre au cœur de ce monde, la fraternité. En Jésus qui se fait proche, notre frère, nous sommes appelés à bâtir avec Lui, la fraternité. L’amour qui réunit le village de Greccio en cette célébration de Noël crée des liens de fraternité appelés à se poursuivre au gré des jours et des événements.
Il en est de même pour nous aussi en ces temps qui sont nôtres. On sait le besoin pressant de créer des liens, de briser les solitudes et les isolements, de vivre des solidarités avec le souci des personnes les plus fragilisées. Dans un monde où tout change si rapidement on est appelés à développer accueil, rapprochement, collaboration, liens nouveaux et respectueux de toute personne.
Que l’Amour accueilli et célébrer nous aide à nous engager encore davantage dans le rêve de Dieu sur nous et sur le monde.

