JÉSUS PÉDAGOGUE...

Devenir témoins du Royaume, on ne naît pas ainsi. C’est un chemin à parcourir dans le vif de notre existence, peines, joies, souffrances, aspirations... Mgr Christian Rodembourg nous fait entrer dans l'expérience vécue à Emmaüs par deux disciples dont Cléophas. Cette rencontre du Ressuscité nous met en présence d'un Jésus écoutant, attentif, qui sait faire accéder à la lumière à partir des déchirements intérieurs.
À la suite de la recommandation de saint François d’Assise à ses premiers frères, enracinons notre quotidien, nos paroles et nos actes, au cœur même de la Parole de Dieu.
 
LE CHEMIN D’EMMAÜS

La pédagogie pastorale rafraîchissante de Jésus que l’on découvre dans cette page d’Évangile devrait baliser autant notre chemin de foi personnel que le chemin de foi des jeunes et adultes chrétiens qui nous entourent. Comment Jésus agissait-il concrètement ? Comment les disciples accompagnés par Jésus découvrirent la richesse de la Parole de Dieu ? Quelles conséquences cette rencontre aura sur leur vie ?

 

L’expérience « Emmaüs » est une perle précieuse pour la vie des Chrétiens. Elle nous aide à grandir tant dans notre expérience personnelle de vie chrétienne que dans nos divers engagements en tant que témoins de l’annonce du Royaume.

LA PRÉSENCE DE JÉSUS (Lc 24, 13-16)

Il fait jour. Avant que la nuit ne tombe, les deux disciples marchent vers Emmaüs. Nous ne savons pas où se situe exactement ce lieu. Toutefois, ce qui importe, c’est que cette ville est comme un ailleurs. C’est le chemin de notre quotidien, de notre aujourd’hui là où nous avons les pieds salis par la vie. Emmaüs représente notre chemin de baptisé comme celui de tout être humain en marche au cœur des réalités humaines de ce monde.

 

Les disciples sont deux, des pèlerins. En Orient, le fait d’être deux personnes garantit la crédibilité du témoignage. Ils échangent entre eux au sujet des récents événements tragiques vécus, tournant le dos à Jérusalem. Ils prennent distance face à tout cela. Leur foi est éteinte. Ils vivent de la désillusion face à Jésus qui n’a pas, apparemment, répondu à leurs espérances et aspirations. Les disciples n’attendent personne sur la route où ils avancent comme en fuite.

 

Soudainement, Jésus se fait proche d’eux. Il prend l’initiative de la rencontre. Il se rend présent au réel de leur vie les rejoignant dans leur vécu concret et dans leurs soucis. En Jésus, Dieu se fait proche de la famille humaine. Les disciples ne Le reconnaissent pas. Ils sont aveugles.

Qui s’approche de Dieu s’approche du feu de son amour.
 
Jacques Lacourt
APPRIVOISEMENT RÉCIPROQUE ET ACCOMPAGNEMENT (Lc 24, 17-24)

Jésus marche pas à pas avec les deux disciples. Il est accessible : moment crucial de sa pédagogie divine, marcher avec… prendre le temps de rencontrer, d’écouter, de nommer, de déposer. Jésus se fait proche de leur désarroi. Jésus questionne les deux disciples sans hésiter. Il se met à leur écoute. Ils développent l’histoire vécue à Jérusalem. Ils libèrent la parole. Ils s’expriment longuement. Jésus n’intervient pas. Il suffit qu’il soit avec eux, en chemin, les invitant à écouter ce qu’ils vivent. Jésus s’intéresse à leurs problèmes comme aujourd’hui le Christ continue de s’intéresser aux nôtres.

 

Peu à peu, Jésus ouvre une brèche et entre en dialogue. Il se met à l’écoute de la quête de sens des deux disciples. Jésus leur est présent gratuitement. Il vit avec eux. Cette présence discrète est en soi une bonne nouvelle pour eux. C’est le début de l’accompagnement spirituel.

INTERPRÉTATION DES ÉCRITURES (Lc 24, 25-27)

Jésus se rend présent d’une manière plus critique révélant les limites de leur foi. Il resitue les disciples dans le temps en leur proposant de vivre un passage d’un rêve à une réalité historique. À partir de la résurrection et à sa lumière, les textes de l’Ancien Testament prennent sens. Jésus les amène à découvrir le mystère du cheminement de la vie du peuple de Dieu depuis Moïse jusqu’à ce jour de leur rencontre. C’est une sorte de catéchèse-synthèse sur la croix et la souffrance. Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?

 

Il fallait la croix : mystérieux projet de Dieu qui par Jésus donne la preuve suprême de son amour et purifie nos péchés par le bois de la croix. Christ est venu sur terre pour être serviteur de l’amour, de la tendresse, de la compassion et de la vie quitte à en mourir. Comment ne pas retourner au geste-signe puissant du lavement des pieds au soir du Jeudi Saint?

 

Cléophas et l’autre disciple dont on ignore le nom entrent avec Jésus progressivement dans la découverte du sens et de l’intelligence des événements vécus. Tout est relié. L’histoire du peuple de Dieu en marche. L’histoire de Jésus. L’histoire des deux disciples. Notre histoire actuelle. Jésus change leur regard ainsi que notre regard. Il donne la clé de lecture en vue de l’évangélisation : la foi naît au contact de la Parole de Dieu. 

LE SIGNE: COMMUNION DES CŒURS (Lc 24, 28-32)

Les deux disciples ne comprennent pas encore. Toutefois, leur cœur se réchauffe : Qui s’approche de Dieu s’approche du feu de son amour [1]. Ils veulent garder avec eux ce « nouvel ami » qui leur redonne confiance en la vie alors que le jour baisse. Reste avec nous… Ne se limitant pas à nos perspectives bien humaines et limitées, Jésus fait semblant de continuer sa route.

 

Les deux disciples ignoraient l’étonnante nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité !  Tout  bascule en cet instant inouï pour l’humanité. Jésus se laisse inviter à table. Comment ne pas créer un lien avec les repas partagés par Jésus avec les pharisiens et les pécheurs ? Jésus donne à nos vies d’être communion à sa vie. Il s’attable avec nous.

 

Jésus prend du pain, le bénit, le rompt et le partage : signe de la fraction du pain, sacrement de la présence. Jésus redevient absent physiquement comme au début du chemin mais, cette fois, pourtant il devient pleinement présent d’une autre manière. 

 

Les deux disciples vivent l’expérience de la foi comme une sorte d’éblouissement qui leur fait reconnaître le chemin de Dieu comme un chemin d’amour, de tendresse et d’espérance. Ils ont le cœur gonflé à bloc ! Pleins de joie, le cœur brûlant d’une foi renouvelée qui annonce le don de l’Esprit à la Pentecôte, devient une clameur de vie, de dynamisme, d’audace missionnaire.

ENVOI EN MISSION (Lc 24, 33-35)

Ils repartent transformés vers Jérusalem. Leur cœur est tout brûlant de cette force et de cette puissance de la rencontre du Christ amour, lumière et vie. Ils parcourent la route, aussitôt, en sens inverse, comblés d’un esprit nouveau, d’une chaleur intense dans le cœur, d’une force sans cesse nouvelle. Alors qu’ils craignaient la nuit, voilà qu’ils retournent à Jérusalem en pleine nuit, sans crainte. Ils partent en mission, pleins de joie, du feu de l’Amour au péril de leur propre vie, en vérité.

 

Ce passage de l’Évangile est l’antidote de la désespérance [2]. L’accent est mis sur l’itinéraire que nous avons à parcourir chacun pour reconnaître la présence du Christ vivant au cœur de notre vie.

 

Sous le coup de cette rencontre merveilleuse, les disciples portent la nouvelle et reçoivent confirmation du kérygme de la résurrection : C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon. D’un chemin catéchétique avec Jésus, nous passons à un chemin missionnaire.

 

Le chemin se poursuit aujourd’hui !  Cléophas et l’autre disciple, c’est tout un chacun d’entre nous qui essayons de vivre avec sens notre vocation baptismale, notre mission de témoin de l’espérance et de l’amour. C’est chacun des chrétiens qui s’engagent en Église partageant ses talents, ses charismes et ses dons, les mettant au service de toute la famille humaine tout en étant conscient de ses limites et de ses bienheureuses fragilités et les acceptant humblement. C’est chacun de nos frères et chacune de nos sœurs en humanité qui décident un jour ou l’autre de chercher et d’approfondir le sens de sa vie et d’y répondre pour le meilleur.

EMMAÜS, MON CHEMIN

Emmaüs, cette merveilleuse rencontre avec le Christ, motif d’espérance et d’amour profond, continue de se vivre chaque jour lors de nos célébrations eucharistiques mais, aussi, dans nos temps de prière, de méditation, de silence, d’oraison et de rencontres avec nos frères et sœurs en humanité, particulièrement avec les plus pauvres de la vie. Emmaüs nous envoie en mission et en action comme les deux disciples qui repartent de nuit vers Jérusalem ! Emmaüs est mon chemin quotidien.

 
NOTES

1. Jacques Lacourt

2. Jacques Lacourt

vol. 123, no 3 • Octobre 2018

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