UN PETIT ENFANT LES CONDUIRA

(Es.11, 6)

Il est précieux de s'arrêter au sens de la vie que les personnes qui nous entourent et en particulier les enfants peuvent nous apporter. Ce que les enfants représentent pour nous joue parfois le rôle de signe ou parfois le rôle de symbole. Les enfants sont souvent des révélateurs extraordinaires, exigeants, de ce que sont les parents.

La manière dont je désire aborder les enfants dans cette réflexion sort un peu des sentiers battus. Je voudrais proposer différentes façons d’envisager le sens de la présence des enfants dans nos vies. Pour cela, je vais me servir, en les illustrant, de fonctions du langage. Ce ne sont pas tant ces fonctions qui m’intéressent que ce qu’elles peuvent nous faire découvrir au sujet de ce que la vie des enfants nous révèle de spirituel.

LA VIE DES ENFANTS NOUS PARLE

Là où j’habite, une très grande portion de la population est à la retraite, mais les enfants sont tout de même présents dans mon quotidien. Ce matin par exemple, quelques enfants d’âge primaire sont entrés dans l’autobus de la ville au même arrêt que moi. Comme l’autobus était bondé, le plus petit des jeunes avait du mal à se trouver un espace pour s’accrocher, entouré qu’il était de sacs à dos à la hauteur de sa tête. Pas toujours facile d’être petit. Hier, à la table à côté de la mienne au café, deux enfants encore plus jeunes faisaient un petit bricolage. Le frère et la sœur étaient tout concentrés jusqu’à ce qu’arrive leur déjeuner. Un moment de fête ! Au retour du travail, je passe devant une école primaire. J’y croise habituellement des parents qui viennent chercher leurs enfants après une longue journée. C’est le moment des confidences et des récits. Et parfois de petites disputes ou de bouderies… Les enfants nous font vivre beaucoup d’émotions ! Spontanément, je suis aussi ramenée à ma propre enfance et les souvenirs, tristes et heureux, se mettent à remonter intérieurement. La vie des enfants nous parle.

Nous attribuons facilement toutes sortes de caractéristiques aux enfants selon leur développement, ou encore des qualificatifs (réels ou virtuels !) : innocence, dépendance, vulnérabilité, fragilité, curiosité, capacité d’émerveillement…. Il est essentiel d’en tenir compte dans nos relations avec les enfants. Elles nous aident à mieux prendre soin d’eux.  Souvent, ces caractéristiques et ces qualificatifs « font image ». Or, lorsque nous sommes en relation avec les enfants (et avec toute personne), nous le sommes aussi avec la représentation que nous nous en faisons. Par exemple, je suis en relation (directe) avec Gabrielle, mais aussi avec la manière dont je me représente Gabrielle (une enfant qui est comme un petit rayon de soleil). Bien sûr, l’image ne doit pas prendre toute la place. Gabrielle est unique et peut-être qu’aujourd’hui elle est triste. Mais cela m’affectera d’autant plus que je me la représente comme un petit rayon de soleil. C’est le sens qu’elle apporte à ma vie.

L’ENFANT FAIT SIGNE

Il est précieux de s’arrêter au sens à la vie que les personnes qui nous entourent et en particulier les enfants peuvent nous apporter. Je fais un court détour pour parler de signes et des symboles. Le signe « désigne de manière univoque [1] ». Il n’a qu’un seul sens. Il sert à communiquer une information. Un signe routier m’indique une action à prendre : tourner à gauche. Autre détail : « Le signe renvoie à quelque chose d’autre que soi [2] ». Le « lieu où je vais » n’est pas du même ordre que « mon existence ». Ce faisant, le signe met une distance entre moi et ce qu’il désigne. Par exemple, quand je nomme (signe) un problème que je ressens, je le mets à distance, disons-nous couramment. Les signes sont nécessaires et positifs. Ils nous permettent de nous orienter.

Le symbole quant à lui peut avoir plusieurs sens. Le feu peut être symbole de chaleur et de destruction, de réconfort, de lumière ou de douleur… De plus, le symbole « nous [introduit] dans un ordre dont il fait partie. [3] » Il nous fait participer à ce qu’il symbolise. Si j’interprète un feu comme un symbole de réconfort, en le voyant, je me sens toute réconfortée.

Ce que les enfants représentent pour nous joue parfois le rôle de signe ou parfois le rôle de symbole. Je peux par exemple reconnaître dans un nouveau-né qui dort l’expression d’une grande vulnérabilité. L’enfant me fait signe. En conséquence, comme adulte, je vais ajuster mon agir pour plus d’attention, de délicatesse, de bienveillance envers lui. Il est donc essentiel que je me rende attentive à ces signes et que je discerne ce que nous expriment les enfants et ce qui oriente mon agir. Je vois une réelle portée spirituelle à cela, dans la qualité de relation et dans la qualité d’être qui est « éveillée » par la reconnaissance du sens (direction) que les enfants proposent à nos vies.

 

[1] Louis-Marie Chauvet, Les sacrements…, p. 92.

[2] Edmond Ortigues (1962) : Le discours et le symbole, Paris, Aubier-Montaigne, p. 221 dans Louis-Marie Chauvet, Les sacrements…, p.90.

[3] Edmond Ortigues, Le discours…, p.43 dans Louis-Marie Chauvet, Les sacrements…, p. 90.

LES ENFANTS SONT DES RÉVÉLATEURS

La vulnérabilité que je perçois chez le nouveau-né peut aussi me renvoyer à ma propre vulnérabilité. Cet enfant devient alors pour moi symbole de vulnérabilité puisqu’il me fait entrer avec lui dans cette réalité. Même si je suis adulte et que je désire le protéger, moi aussi je suis vulnérable, fragile, ma vie n’est qu’un souffle. Habiter cette réalité qui m’est révélée par l’enfant est également profondément spirituel. Cela concerne la qualité de ma relation et la qualité d’être qui me fait m’envisager partager cette réalité profonde avec l’enfant. À travers le travail symbolique, je deviens plus solidaire de l’enfant en même temps que mon identité propre peut être enrichie, transformée. Je ne suis plus la même parce qu’avec l’enfant, j’habite cet espace de vérité de mon être. Je me comprends autrement. Cela est profondément spirituel.

Les parents disent souvent que leurs enfants sont des révélateurs extraordinaires – et exigeants – de ce qu’ils sont comme parents. Impossible de dire en quelques mots tout ce que les enfants représentent pour nous. Peut-être justement parce qu’en nous faisant signe, ils nous sollicitent tout entier. Peut-être aussi parce qu’ils symbolisent, comme en concentré, ce qu’est la vie, ce que nous sommes, ce que nous sommes appelés à être. Au cœur du quotidien et au-delà, nous avons besoin d’entendre leur vie qui nous fait signe.

« Un petit enfant les conduira. »
 
(Es 11, 6)

vol. 123, no 4 • Décembre 2018

Chemins franciscains propose un nouvel art de vie inspiré de Claire et de François d’Assise au cœur des défis actuels de la famille humaine.

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