AU CŒUR DES MOTS

DEMAIN, UN NOUVEAU MONDE EN MARCHE 

Demain, un nouveau monde en marche, est rédigé par un militant écologiste passionné de notre avenir, Cyril Dion. Il est paru chez Actes Sud, en 2015 (354 p.). L’ouvrage dépeint les racines qui ont donné naissance au film Demain, prix Cézar du meilleur documentaire en 2016. Sorti en France en décembre 2015, le film est maintenant dans les cinémas au Québec.
« Les plus grands défis de l'humanité ne sont pas la faim, la pauvreté, le développement durable, la paix, la santé, l'éducation, l'économie, les ressources naturelles, mais notre capacité à nous organiser collectivement pour pouvoir les résoudre. »

 

Demain, un nouveau monde en marche, page 345

Ce film, de type documentaire, vous prend tout entier pendant 2 heures. C'est d'abord le choc de réaliser que notre planète est en train d'épuiser ses ressources et notre façon de vivre nous y mène rapidement. La catastrophe est proche. C'est toujours dans ces moments que l'on décide de passer à l'action.

Des solutions existent et sont en voie d'expérimentation un peu partout sur le globe. Le film nous présente ce voyage de découvertes et de rencontres à travers les continents. Il nous est raconté par Cyril Dion et l'actrice Mélanie Laurent qui font parler des personnes de tout niveau et de tout milieu sur notre globe, des gens qui font la preuve que l'on peut vivre autrement, en associant le respect de la vie sous toutes ses formes au bien-être de la communauté. Un grand souffle d'espoir s'en dégage. Les images et la musique nous entraînent et nous laissent avec la confiance de nous engager ici et maintenant.

Cinq domaines sont soumis à la critique en analysant l'impasse dans laquelle on s'enfonce. L'approche dans chaque domaine est repensée à travers les entrevues et les expériences observées. Résumons les arguments de l’auteur :

 

1- Nous nourrir pour ne pas disparaître

Les aliments que nous consommons et la culture que nous poursuivons, nous poussent vers l'impasse et la destruction progressive des écosystèmes: problèmes de distribution, de coûts et de centralisation. L'agriculture industrielle, comme nous la vivons, doit être repensée. « Ce sont les innovations sociales dont les citoyens sont porteurs, celles où les petits agriculteurs s'allient avec les consommateurs et les autorités locales pour inventer de nouvelles manières de consommer et de produire, qui peuvent conduire le changement » (p. 51).

 

2- Réussir la transition énergétique
Nous sommes trop dépendants du pétrole, du gaz et du charbon. A 98% nous sommes dépendants des énergies fossiles. C’est aussi le cas dans l’industrie agroalimentaire (p. 92). L'économie d'énergie, tout comme l’accélération de la production d’autres sources d’énergie, sont primordiales, aussi bien pour le transport, la consommation individuelle et industrielle.  Cela est possible et existe.

 

« Les plus grands défis de l'humanité ne sont pas la faim, la pauvreté, le développement durable, la paix, la santé, l'éducation, l'économie, les ressources naturelles, mais notre capacité à nous organiser collectivement pour pouvoir les résoudre. »

 

Demain, un nouveau monde en marche, page 345


3- Une économie pour demain
Pour l’auteur de Demain, un nouveau monde en marche, il nous faut repenser le fonctionnement de l'économie. La centralisation outrancière entre les mains de quelques-uns, des pouvoirs qui nous échappent et nous font perdre tout contrôle sur notre situation localement ne peut continuer. Notre dépendance à la monnaie, dont la valeur fluctue continuellement, nous rend vulnérable. Le fonctionnement du système bancaire, du crédit, les fluctuations de la masse monétaire, tout cela est à repenser. « Cette économie ne profite pas réellement aux gens, elle creuse les inégalités, détruit la nature [...] » [p. 229]. Ce mouvement de réappropriation de l'économie est au coeur de la démarche des makers, ceux qui se donnent des lieux pour fabriquer, réparer et réapprendre à faire par soi-même [p. 240].

4- Réinventer la démocratie
L’auteur, Cyril Dion, écrit qu’il y a « une méfiance grandissante dans tous les pays occidentaux, vis-à-vis des partis politiques, des Parlements et des pouvoirs en général. Les citoyens ont en quelque sorte perdu leur prise, leur implication dans leur gouvernement, leur société » (p. 258). D'autres modèles sont possibles. Ils sont en expérimentation où les citoyens pratiquent une gouvernance par eux-mêmes. L'entrevue avec Vandana Shiva, philosophe, physicienne et activiste indienne célèbre est d'un impact incroyable. Elle mène un combat contre la biopiraterie et l'accaparement des semences par les multinationales.

 

"Deux grandes idées de Gandhi nous inspirent: l'auto-organisation, que l'on pourrait aussi appeler la démocratie intérieure, l'art de se gouverner soi-même, et le combat pour la vérité, qui se traduit par un refus d'appliquer des lois délétères. Comme celles qui criminalisent l'utilisation des semences ou des plantes pour des usages médicinaux" (p. 305). Le lien entre la santé et l'alimentation est déterminant.

 

5-Une éducation nouvelle
La mise en place de l'éducation aujourd'hui s'inspire d'un modèle industriel. Il n'est pas adapté à notre réalité du XXIe siècle. « Chaque élève est important ». En Finlande, on y mène une expérimentation depuis dix ans. « Chaque élève est important et c'est le système qui doit s'adapter à cette singularité plus que l'élève à un système rigide » (p. 318). L'architecture des bâtiments, les structures et les horaires sont déterminés par les exigences de la pédagogie.

C'est ainsi que le mouvement Franciscain a décollé. Un « mouvement », c’est bien le terme qu’utiliserait la sociologie contemporaine. Dans sa 5e ou 6e année (1209-1215), alors que le mouvement est bien lancé, les frères ont posé un geste sage et audacieux. Convaincus qu'ils étaient dans la bonne voie, ils prirent le temps de revisiter leur engagement du début et d'en améliorer l’élaboration par la formulation des fondements théorique. Lors de leur rassemblement du mois de mai 1215, ils écrivirent ce que nous connaissons comme le chapitre XVII de la règle primitive. Ce chapitre fut retravaillé dans les années qui suivirent, mais le noyau central du texte de 1215 est demeuré inchangé. Ils confessaient être conduits par l'Esprit du Seigneur (Règle primitive, chapitre XVII, 14-16) ; ils travaillaient et s'assuraient de rendre à Dieu toutes bonnes choses (XVII, 17-19). La phrase Deo bona reddere, rendez à Dieu toutes bonnes choses, correspond à ce que nous appelons aujourd'hui la justice distributive. Le mouvement avait une signification plus large que cela, mais il a débuté en s'assurant que le peuple ait les moyens de subsistances nécessaires qui leurs assurent de vivre plus humainement.

Ces hommes ont mis de l’avant, avec succès, leur mouvement de compassion, de solidarité et de miséricorde. Ils étaient libres et ont su prendre bien soin les uns des autres. Ils ne se sont pas enchaînés, ni aux biens spirituels qu’ils ont goûtés, ni aux bien matériels. Bien au contraire, cette communauté de frères s’est vouée au service des autres. Une dynamique qui les rendaient pleinement heureux. C’est ce que l’on découvre en parcourant les premiers écrits franciscains. 

En 1268, lors d’une rencontre de la communauté, un frère essaie de répondre à des questions misent de l’avant par d’autres frères. Une de ces questions fait référence à un passé lointain, un temps où tous les frères partageaient les mêmes conditions. Le frère questionné marmonne un semblant de réponse mais ses mots font éclater de rire un frère, alors qu’un autre se met à pleurer. Ce sont, dorénavant, des hommes de bonne éducation qui dirigent l’ordre. Mais des hommes qui ne connaissent pas grand chose au travail manuel. La compassion, la solidarité, la miséricorde commencent quand une main va à la rencontre d’une autre main, prête à travailler.

Partout dans le monde, des solutions existent.

Pour en savoir davantage, allez à  www.demain-lefilm.com

vol. 121, no 3 • 15 octobre 2016