CHRISTINE MAILLOUX ssa

GENS QUI INSPIRENT

UNE HISTOIRE DE RELAIS :

LA FIGURE D’ESTHER BLONDIN

À l’occasion de son 375e anniversaire, la ville de Montréal a honoré 19 « bâtisseuses de la cité » dont Esther Blondin, la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. C’est qu’en son temps et comme bien d’autres, elle a contribué, et contribue encore, à construire le milieu montréalais. 
« Dieu me demande continuellement de fonder une communauté qui se dévoue aux intérêts et à l’instruction des pauvres de la campagne. » 

Archives des Sœurs de Sainte-Anne, Royal BC Museum

Née le 18 avril 1809, à Terrebonne, Esther Blondin fait partie des « chevaliers de la croix », un sobriquet dont on a affublé, à son époque, les nombreux analphabètes qui signaient d’une croix. À l’âge de 20 ans, les choses vont cependant changer pour elle. Domestique chez les filles de Marguerite Bourgeoys établies dans son village, elle y apprend à lire et à écrire. Elle fait même un stage à leur noviciat puis se rend à Vaudreuil où Suzanne Pineault, une institutrice, réclame son aide. Esther fait ses premières armes dans l’enseignement auprès de ce « mentor » dont elle prend ensuite la relève.

 

Devenue directrice de l’établissement à 29 ans, elle forme certaines de ses élèves pour les écoles de rang. Le manque d’instruction en milieu rural et l’ignorance religieuse qui en découle, surtout pour les grands garçons qui travaillent aux champs, lui labourent le cœur : « L’Académie Blondin » est née. La directrice continue cependant de ressentir les besoins immenses qu’elle rencontre comme « un vide qu’il faut combler ». 

UNE INTUITION TÉMÉRAIRE : LES ÉCOLES MIXTES

Au cours d’un temps de convalescence, elle vit une expérience bouleversante : « Dieu, dit-elle, me demande continuellement de fonder une communauté qui se dévoue aux intérêts et à l’instruction des pauvres de la campagne. » Cet appel, venu de l’intérieur,  Esther le voit se réaliser dans des écoles mixtes. Elle consulte le curé de Vaudreuil qui trouve d’abord « cette entreprise… téméraire, subversive de l’ordre et contraire aux principes de la saine morale », tout en concluant : « Si aujourd’hui l’Église s’y prête, c’est pour elle une dure nécessité. » La croissance surprenante de la jeune communauté confirmera la justesse des intuitions d’Esther, pionnière de la mixité en éducation, au Québec. 

Premier Couvent Sainte-Anne (1858-1864)

Victoria, B.C.

UN TRAVAIL FÉCOND

Mais, celle qu’on appelle désormais Mère Marie-Anne, se trouve rapidement et injustement mise à l’écart. Ce drame, capable d’anéantir la communauté, la féconde plutôt car la fondatrice choisit de le vivre à la manière de l’Évangile. Jusqu’au bout, elle reste l’âme de sa communauté, capable de reconnaître chez ses filles l’accomplissement de ses propres rêves. À sa mort, 514 jeunes femmes déployées au Québec, dans l’Ouest canadien, aux États-Unis et en Alaska, auront ainsi pris son relais.

Montréal, dans cette histoire, reçoit une part de choix. Des générations de Sœurs de Sainte-Anne y prennent en charge plusieurs écoles publiques, tout en ouvrant aux jeunes des possibilités d’études supérieures. Leur influence éducative franchit de nouvelles frontières au XXe siècle : le Yukon, le Japon, Haïti, le Chili, le Cameroun… En authentiques filles d’Esther, une quarantaine de sœurs haïtiennes portent actuellement le flambeau dans leur propre pays, en dépit de toutes les adversités. 

HÉRITIERS ET HÉRITIÈRES
NOUVEAUX PORTEURS D’ESPÉRANCE

La communauté vieillissante peut-elle encore poursuivre sa mission ici ? Outre son intérêt viscéral pour les jeunes, les démunis et les malades, et sa prière indéfectible pour eux, c’est avec espérance qu’elle reconnaît maintenant ses héritiers et ses héritières sur le terrain, surtout dans les nombreux organismes qu’elle soutient. La béatification de Mère Marie-Anne, en l’an 2001, a aussi accentué son rayonnement à l’échelle internationale auprès de ceux et celles qui la prient et s’en inspirent. Alors, qui donc peut prédire les relais à venir dans cette course de la « Bonne Nouvelle » ? Car, c’est bien de cela qu’il s’agit…

Couvent des Soeurs de Sainte-Anne. Vue avant Jean-François Rodrigue 2004, © Ministère de la Culture et des Communications

vol. 122, no 2 • Juin 2017

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