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LA PAROLE BOUSSOLE DE LA VIE

PIERRE LOISELLE

La parole permet d’exprimer des émotions, tant les joies que les peines, tant les besoins que les projets et les espoirs. Elle permet essentiellement de se sentir en communion les uns avec les autres.

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« Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes »
(Mt.4, 19)

Il y a de ces paroles qui agissent comme de puissants agents de motivation et dont l’effet est parfois même suffisant pour transformer la vie. Ainsi, les mots «Je t’aime» dits par un conjoint, ou par un parent à ses enfants, donnent-ils confiance en la vie, la font apprécier jour après jour, lui donnent un sens. D’autres paroles nous font cet effet : «Quel beau travail tu accomplis» dites par le patron sont de puissants ressorts pour poursuivre et apprécier ce que nous faisons. Un « Merci » bien senti exprimé à l’endroit d’une personne bénévole rendra à celle-ci la joie et le courage de poursuivre dans la voie de son dévouement. On pourrait ainsi multiplier les situations où une parole a agi comme un puissant levier pour propulser une personne vers l’avant, vers un bonheur réel, dans la confiance d’être sur une bonne voie pour réussir sa vie.

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SE SENTIR EN COMMUNION

Parler est une faculté propre à la personne humaine. La parole est essentielle à l’équilibre humain et à la santé mentale. Elle s’exprime dès les premiers balbutiements du nouveau-né jusqu’aux derniers murmures du grabataire. La parole permet d’exprimer des émotions, tant les joies que les peines, tant les besoins que les projets et les espoirs. Elle permet essentiellement de se sentir en communion les uns avec les autres. Dans cette perspective, la parole sert d’exutoire pour soulager une douleur; elle se chuchote pour avouer les craintes et les angoisses ; elle s’éclate pour libérer la joie d’annoncer une belle nouvelle, un beau succès, un projet emballant; elle s’enflamme dans des mots d’amour, d’exaltation ou de vénération.

UNE PAROLE QUI BOULEVERSE

On trouve dans les évangiles des paroles prononcées par Jésus qui ont complètement chamboulé la vie des personnes à qui elles ont été adressées : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt.4, 19), notamment. Cette invitation a conduit les disciples vers une destinée qu’ils n’auraient jamais crue possible. Et encore, cette promesse faite par Jésus du haut de sa croix au larron qui agonisait sur la sienne : « En vérité, je te le dis, dès aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,43) donne un sens à la mort de ce bandit et lui ouvre la voie à un monde auquel sa compassion lui a, par miracle, donné accès. Quelle espérance cette parole soulève-t-elle dans nos propres moments d’angoisse ou de peur !

Les voies du Seigneur sont également insondables lorsqu’on constate comment sa Parole adressée à certaines personnes, encore toutes jeunes, a suscité chez elles une réponse qui a infléchi non seulement le cours de leur propre vie mais celui de l’humanité. Ainsi le Fiat d’une jeune Vierge de Nazareth, prénommée Marie, s’est avéré la clef qui a déverrouillé le plan de salut de Dieu et a valu à l’humanité notre sublime Rédempteur.

UNE PAROLE QUI TRANSFORME

Pensons aussi à saint François d’Assise. Lors d’un moment décisif de sa turbulente 23ième année, face au crucifix de la chapelle Saint-Damien, il entend le Christ qui lui demande de « réparer son Église en ruine ». Quel prodige représente la transformation de cet héritier d’un lucratif commerce de tissus en un Poverello dont l’amour de Jésus sera le seul vêtement dont il voudra désormais se draper! Son audacieuse relation avec « dame pauvreté » sera le ferment qui engendrera une profonde réforme de l’Église qui éprouvait, comme la chapelle de San Damiano, un urgent besoin de retrouver la fraîcheur et la vérité de l’Évangile.

La Parole a donné sens à leur vie, elle a orienté leur mission, elle leur a procuré une joie et une paix intarissables. Leur parole résonne désormais dans l’Église comme un ferment visant à la transformer sans cesse pour que tous y reconnaissent le visage miséricordieux de Dieu.

LA PAROLE PRIÉE

Dans une perspective religieuse, toutes religions confondues, la parole priée est le mode privilégié de la relation de la personne humaine avec l’Au-delà, quel que soit son nom, avec Dieu pour quiconque le nomme ainsi. Dans la tradition de nos Pères dans la foi, le psalmiste se fait la voix de tout fidèle montant vers Dieu : « À pleine voix je crie vers Yahvé, il me répond de sa montagne sainte.» (Ps 3,5). Et Dieu Lui-même parle par l’intermédiaire de ses prophètes qui entendent et interprètent sa parole : « Réfléchis, quel peuple a ses dieux proches de lui, comme vous m’avez proche de vous ?» (Dt 4,7). Dans cette perspective, les paroles échangées sont les bases mêmes de ce qu’est un dialogue.

En méditant les textes des évangiles, la personne qui s’engage sur le chemin de la prière laisse la Parole de Dieu éclairer le parcours de sa vie. En emportant avec elle la Parole dans le puits d’amour de son coeur, elle se transforme en orant, en «personne priante ». Elle se dispose à parler et à écouter; elle s’engage sur le chemin d’un dialogue personnel de coeur à cœur avec Celui qui l’attend. L’Hôte intérieur entend, comprend, éclaire et soulage dans un murmure qui s’entend par les oreilles du cœur.

La prière devient alors la pulsion qui fait battre le cœur de la personne chrétienne comme elle enflamma celle de Jésus. Elle est un dialogue constant avec Celui qui nous a envoyé son Fils pour que nous devenions « parfaits comme notre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48) et qui nous envoie à notre tour vers nos frères et sœurs. Elle est la consolation dans la nuit du doute et la lumière dans nos interrogations ; elle est nourriture dans nos déserts et réconfort dans nos épreuves. Elle est invitation à la conversion personnelle et motivation pour la mission de la nouvelle évangélisation. La prière est le cri, l'énergie qu’insuffle l'Esprit en nous qui nous propulse dans la joie vers nos frères et sœurs partout où ils se trouvent. Sans elle, nous serions des haut-parleurs qui émettons des sons sans qu'ils ne soient imprégnés de vérité et de la charité qui sont les seules valeurs susceptibles de toucher les cœurs.

Lorsque j’étais jeune, ma mère me disait qu’il fallait se tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler! C’était surtout pour éviter de dire quelque chose qui dépassait les convenances. Mais, cela signifiait qu’aucune parole n’est banale. Il faut aimer les mots, ils sont tellement pleins de vie, ceux de Dieu comme les nôtres.

LA PRIÈRE ET L’ACTION

Peut-on donc s’étonner que Dieu se définisse comme Celui qui envoie sa Parole lorsqu’Il vient en personne parler à l’humanité? Même Dieu parle. C’est dans sa nature d’être Parole : « Le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous…» (Jn 1, 14).

Prier comme Jésus, c’est davantage qu’une élévation de l’âme en des élans aussi sincères soient-ils. Notre prière ne peut ressembler à la sienne sans qu’elle ne se traduise dans l’action comme si tout dépendait d’un engagement véritable de soi envers les autres : « Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi » (Jc 2, 18). Dans cette perspective, il est beau de voir, aujourd’hui, qu’une véritable prière s’élève vers Dieu depuis des hôpitaux, des écoles, des usines et des bureaux, des lieux de culte et de tous ces lieux où des femmes, des jeunes, des enfants, des hommes de tous âges se dévouent et s’entraident.

 

Jésus enseigne qu’agir pour le bien d’autrui c’est faire sa volonté. Avec son Esprit qui agit comme une boussole pour orienter notre vie, nous réalisons le projet qu’il nous confie d’être à notre tour paroles de vie.

vol. 127, no 2 • Juin 2022