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GENS QUI INSPIRENT

NOÉMIE POMERLEAU-CLOUTIER

Quand l’amour des mots s’inscrit dans l’amour des gens.

ROGER BELISLE sc

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© Crédit : Sage Rebelle Photo

La travailleuse en alphabétisation ne favorise-t-elle pas chez les personnes participantes une action libératrice et ce, tant dans la reconnaissance de leur dignité qu’en les outillant pour qu’ils se réapproprient une parole citoyenne par l’expression de leurs pensées.

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Lorsqu’elle parle de son travail, on sent sa passion pour la dignité des personnes.

La personne que j’ai choisi de vous présenter dans le cadre de cette chronique s’appelle Noémie Pomerleau Cloutier. Je l’ai d’abord croisée alors que j’oeuvrais en pastorale sociale de quartier dans le Centre-Sud montréalais. Je la savais alors travailleuse en alphabétisation pour l’organisme L’Atelier des lettres[1].

Noémie est une fille des régions alors que son père, ingénieur forestier, a dû déménager souvent à la faveur de son travail. Si elle est née à Sherbrooke, elle a passé son enfance  dans la Vallée de la Matapédia et son adolescence à Baie-Comeau. Elle a fréquenté un Cercle des Jeunes Naturalistes (CJN), puis s’est retrouvée monitrice. Lire La Flore laurentienne[2] du frère Marie-Victorin a nourri sa curiosité d’en apprendre davantage sur le sujet. Mais elle a aussi été sensible aux descriptions poétiques du fondateur du Jardin botanique de Montréal.

Sa formation académique passe par un baccalauréat en français - langue seconde durant laquelle elle a fait un stage à L’Atelier des lettres sans savoir qu’elle viendrait y travailler un jour. Elle a aussi étudié en développement économique communautaire à l’Université Concordia.

UNE FEMME DU MONDE

Comme l’emploi de son père entraînait des déménagements, Noémie a fait sa première année du cours primaire au Congo Kinshasa. Plus tard, la vie l’a conduit un temps au Japon comme enseignante d’anglais, langue seconde. Elle a ensuite fait partie de la première cohorte de Québec sans Frontières [QSF] en tant que stagiaire au Togo ; cette expérience portait sur les droits des femmes. Puis une participation à l’organisme Développement et Paix l’a conduite à accompagner en Guinée un groupe QSF, stage effectué sur le thème « Femmes et économie sociale ». Faut-il voir dans cet intérêt pour la cause des femmes quelque influence de sa mère qui a été parmi les initiatrices des Centres de la Petite Enfance [CPE] ? Quoi qu’il en soit, Noémie reconnaît combien ses apprentissages dans la coopération internationale pouvaient s’appliquer en milieu populaire.

LA TRAVAILLEUSE EN ALPHABÉTISATION

Lorsqu’elle parle de son travail, on sent sa passion pour la dignité des personnes. Elle se révèle éducatrice dans son souci d’amener les personnes participantes à prendre conscience des forces qui les habitent pour réagir aux situations d’injustice rencontrées. Comprenez qu’elle les stimule dans leurs actions pour la défense de leurs droits. Aussi Noémie poursuit-elle comme premier objectif de les amener à « prendre confiance »en eux-mêmes pour en faire des  « experts de leur propre vécu. »[3]

Sa méthode est éminemment pratique. Initier au budget à l’aide de circulaires de marché d’alimentation et des annonces classées publiées dans les hebdos régionaux. En période électorale, organiser un Café journal en début de journée en dépouillant les quotidiens gratuits pour leur faire élaborer des questions à adresser aux divers candidats avant de participer à des débats électoraux[4].

Au-delà d’un atelier en alphabétisation, n’en est-ce pas d’abord un d’autonomisation des personnes ?

UNE AUTRE FACETTE DE SA PERSONNALITÉ

Le hasard m’a fait découvrir un autre aspect de cette femme sympathique : son passage à une émission de la chaîne de télé communautaire MA tv. Jusque là, j’ignorais que la discrète Noémie était aussi poète. Ainsi ai-je découvert qu’outre quelques poèmes publiés dans des revues littéraires, elle avait préparé un premier manuscrit de poésie non publié en 2014. Or l’année suivante, Noémie lance un autre manuscrit dont on reconnaît qu’il « amorce le lien territoire géographique et territoire intime dans [son] écriture (…) Il est publié en 2017 sous le titre Brasser le varech. Salué entre autres par Le Devoir, ce recueil est réimprimé trois fois. »[5]

Plus près de nous, la talentueuse autrice a reçu le prix Œuvre de la relève à Montréal 2021 pour son recueil de poésie intitulé La patience du lichen, publié aux Éditions La Peuplade. Assorti d’un montant de 10 000 $,  ce prix lui est décerné par le Conseil des arts et des lettres du Québec, en collaboration avec Culture Montréal et La Fabrique culturelle de Télé-Québec.[6]                                                                                                                         

EN CONCLUSION

La présente chronique n’est pas étrangère au thème de cette édition web des Chemins franciscains. Car enfin la travailleuse en alphabétisation ne favorise-t-elle pas chez ses personnes participantes une action libératrice et ce, tant dans la reconnaissance de leur dignité qu’en les outillant pour qu’ils se réapproprient une parole citoyenne par l’expression de leurs pensées. Par ailleurs et sensible à l’expression de la parole, la poète sait créer des occasions pour que les gens qui participent à ses ateliers puissent partager en public les poèmes qu’ils ont rédigés. Quelle belle occasion de fierté elle leur offre !

Et que dire de sa sensibilité de poète ? Ne fait-elle pas la preuve qu’elle sait libérer sa propre parole ? Je vous invite d’ailleurs à en apprendre davantage sur celle qui carbure à l’amour des mots et des gens tout en découvrant son œuvre marquée par la nature nord côtière. À ce sujet, deux titres de ces recueils vous ont été fournis dans cette chronique.

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[1] D’abord publié en 1935, l’ouvrage a connu sa dernière édition en 2002 chez Gaëtan Morin Éditeur.

[2] Groupe populaire en alphabétisation fondé en 1984. L’organisme est situé dans l’ancienne École Salaberry, au 1710, de la rue Beaudry, local 3.9, à Montréal. Tél. : 514.524-0507.

[3] BÉLISLE, Roger, (2022, 28 avril), Interview avec Noémie Pomerleau Cloutier à L’Atelier des lettres, Montréal, Qc. Durée : deux heures.

[4] Pour en apprendre davantage à ce sujet, lire Rima Elkouri, Chronique ‘Les oubliés de la campagne’ in La Presse,  30 sept. 2018 ; v : Les oubliés de la campagne - La Presse+

[5] v : Pomerleau-Cloutier, Noémie - Répertoire culture-éducation (gouv.qc.ca)

[6] Le prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal est décerné à Noémie Pomerleau-Cloutier pour son recueil de poésie intitulé La patience du lichen - Culture Montréal (culturemontreal.ca)

vol. 127 no 2 • Juin 2022