UN TEMPS POUR CHANGER

ÉDITORIAL

Rien n’arrête la poussée de la vie dans son élan. Elle force le passage, l’émergence, elle bouscule, dérange, déchire, défait, entraîne, refait, réorganise. Cela s’observe au niveau de la naissance de la personne, au niveau de l’individu, au niveau social et plus macroscopique à l’échelle de la planète.

Nous vivons présentement des bouleversements inouïs qui exigent des changements, des adaptations profondes sous peine de disparaître. Reconnaître la vie avec l’ampleur de ses changements exigés, choisir la vie, la protéger. La pensée et l’action du Pape François nous ont inspirés dans le choix du thème de ce numéro de Chemins franciscains. L’amour de la vie est toujours ce qui permet la libération, l’adaptation, l’épanouissement et la croissance.

« Fraternité et espérance 
sont des remèdes...
autant que les vaccins. »

MGR CHRISTIAN RODEMBOURG

Le dossier que nous vous présentons comporte trois articles. Jocelyn Girard, dans un premier texte, « Face à la menace qui gronde », décrit les rebondissements continus qui s’enchaînent et forcent à modifier à fond notre manière de vivre. Les enjeux qui menacent notre survie sont multiples. Il définit les caractéristiques de la transition dans laquelle nous sommes entrés, la conversion véritable exigée, la résilience incontournable, pour les peuples, pour les croyants, pour l’Église.

 

Le deuxième texte est de Mgr Christian Rodembourg, « Oser changer… le défi de la fraternité ». Il puise dans le discours aux ambassadeurs accrédités auprès du Saint Siège qu’a prononcé le pape François le 7 avril 2021. Valoriser la vie humaine avec sa dignité pour affronter la crise de la covid-19, donner un accès universel aux soins de base en santé, et en médication, élargir la collaboration universelle entre les pays, développer une économie au service de la personne et à son développement, établir un dialogue inclusif, pacifique, constructif et respectueux. « Fraternité et espérance » sont des remèdes… autant que les vaccins ».

 

Pierre Prud’homme présente le troisième texte, « Quand le précipice nargue l’espoir ». Devant tout ce qui nous menace, approcher le monde et le regarder avec des yeux neufs, y mettre le temps pour le découvrir ou le redécouvrir. C’est un regard « avec les yeux du cœur » qui se réjouit de la beauté des couleurs, des formes, de la variété de tout ce qui vit et respire. Avec l’émerveillement qui monte, nous pouvons revoir nos habitudes, entrer dans l’espoir, sortir du sentiment d’impuissance qui nous habite et nous paralyse. « Faisons de l’amour social la clef d’un développement authentique ».

Les quatre chroniques que nous présentons enrichissent le thème choisi.

 

La chronique En pleine action, signée par Lévi Cossette, ofm, « la pandémie : germe de vie nouvelle », lève le voile sur l’expérience d’un couple et de ses 3 enfants entraînés dans le retournement de la pandémie. Un temps de vérité et de croissance, un temps d’ajustement où l’avenir se réinvente et la vie triomphe.

 

Dans la chronique Écologie, Pierre Brunette, ofm, nous offre le poème interpellant « Je suis la Terre, ta mère. Elle le dit, je suis « Ta sœur aussi ». « Tu agis comme si tu étais propriétaire ». « Oui, je suis ta sœur matricielle, la Terre ». « Je te donne ce que j’ai sans retenue, vis, fleuris, grandis, donne des fruits… ».

 

Gens qui inspirent, cette chronique de Mathieu Lavigne, est l’écho d’une rencontre avec Monique Papatie, autochtone anichinabé résidente au Lac Simon. Elle a fait une longue démarche pour retrouver ses racines, sa culture, sa langue ; elle intègre cette richesse dans son travail pastoral. On la surnomme « la mère Teresa ». Ce témoignage illumine la qualité humaine de nos frères autochtones, leur sagesse millénaire qui nous réapprendra à vivre.

 

Au cœur des mots, la chronique que je signe, présente le livre récent du Pape François, Un temps pour changer, paru en 2020. Un dialogue avec un journaliste britannique, Austin Ivereigh, et dans lequel le Pape exprime librement sa pensée sur les enjeux qui nous confrontent, tous sans exception. « Viens, parlons, osons rêver… ».

 

Homme de dialogue, rassembleur, visionnaire, le Pape François est au cœur sinon en avant de ce mouvement pour faire le virage de notre manière de vivre catastrophique. L’enthousiasme qui s’en dégage n’est pas une fuite. On peut sentir autour de nous, dans les medias, chez plusieurs groupes et dirigeants, les attitudes qui s’affichent tournées vers le souci du bien commun, de la solidarité, de la résilience en action.

 

« Viens, parlons, osons rêver…. »

vol. 126, no 2 • Juin 2021