LE CAFÉ PARTAGE D’ARGENTEUIL
Une alternative sociale pour transformer l’aumône

PROPOS RECUEILLIS PAR FRÈRE PIERRE BRUNETTE

Membre du Café Partage, en solidarité avec frère Marc Alarie,
distributeur des denrées et Michel Pilote, directeur

Dans l’esprit franciscain, il faut se réjouir quand on vit « parmi les personnes méprisées, les pauvres, les infirmes, les malades, les lépreux et les mendiants le long du chemin. » François d’Assise voyait dans ces marginaux le terrain privilégié des frères. Ailleurs, il présente sa vision sociale comme un heureux mélange d’hommes et de femmes de toutes provenances : les pauvres et les indigents mêlés aux rois et aux princes, les travailleurs avec les seigneurs, les jeunes et les vieux, les malades avec les bien portants…  On se trouve devant un monde sans hiérarchie ni prestige due au rang. François voulait une Fraternité proche du monde, attentive aux « nécessités » les plus criantes.

François n’avait pas honte d’aller quêter.

Il voyait l’aumône « comme l’héritage

et la justice dus aux pauvres. »

C’est dans cet esprit que les frères de Lachute, depuis 2010, s’impliquent au Café Partage Argenteuil, comme lieu de proximité et de solidarité. Le nom le dit : lieu de rencontre et de partage. Et le partage passe par l’alimentation. On y offre une alternative sociale d’économie alimentaire. Plusieurs groupes d’entraide distribuent de la nourriture aux démunis. Ces ressources sont nécessaires : l’augmentation du coût de la vie, la précarité du travail en font foi. Mais souvent, ces ressources engendrent une sorte de consommation de la charité.

UNE ALTERNATIVE À LA CHARITÉ

François n’avait pas honte d’aller quêter. Il voyait l’aumône comme « l’héritage et la justice dus aux pauvres. » Café Partage propose une alternative à la charité. Il ne s’agit pas juste de recevoir des denrées comme un dû, mais d’engager chaque membre à contribuer, à faire sa part selon ses besoins et son portefeuille. Les gens ne viennent pas quêter mais participer à leurs achats ; ils agissent dans un réseau d’économie sociale à leur portée. Ils reçoivent en se donnant des moyens adaptés et bâtissent la solidarité avec les autres.

 

Ces moyens sont variés : l’achat d’un panier de provisions aux deux semaines, un panier santé avec des denrées de saison ; la participation à un groupe d’achat pour les viandes et les légumes ; la possibilité de faire son épicerie sur place avec des prix compétitifs, ou encore dans son milieu de HLM ; l’accès à une cuisine solidaire par la préparation de mets pour soi, dont le surplus va aux autres ; la présentation de recettes et de trucs pour recycler les surplus du Jardin Communautaire. Un frère livre les paniers de provisions dans différentes localités. C’est la solidarité « sur roulettes » à travers l’épicerie ambulante. Ainsi les gens viennent au Café Partage et Café Partage va chez eux.

UNE COMMUNAUTÉ SOLIDAIRE

L’organisme rassemble des assistés sociaux, des retraités, des personnes à faibles revenus, des familles monoparentales, mais aussi des gens plus fortunés. Ce qui augmente le pouvoir d’achat de l’ensemble et donne d’élargir la palette d’aliments sains au profit de chacun. La nourriture devient un prétexte pour vivre autrement. Une poignée de permanents assure la gestion et l’animation de cette ressource. Certains jeunes bénévoles, avec un handicap intellectuel, s’engagent au travail manuel et à la distribution des denrées. En bout de ligne, cela crée une communauté solidaire au-delà des classes sociales, de l’âge, et des revenus. À partir de cette économie alimentaire fraternelle, émerge une nouvelle conscience des besoins essentiels personnels et de la force d’un groupe. Tous sont égaux pour le partage.

 

On pense spontanément à la recommandation de Jésus devant l’urgence de nourrir une foule rassemblée devant lui : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Le miracle de la multiplication des pains commence par la prise en charge responsable des autres : dans l’Évangile, on fait asseoir sur l’herbe la foule par groupes, on bénit le peu qu’on a et on le fait circuler. L’organisation, le partage du peu qu’on a, la récupération du surplus des pains et des poissons dans des corbeilles célèbrent le miracle d’une communion plus profonde. Et il en reste toujours trop.

D’UNE MAIN À L’AUTRE

Plus de 400 personnes bénéficient de cette ressource. Trois frères y collaborent depuis le début. Le succès grandissant de Café Partage réside dans la solidarité et la dignité des personnes qui viennent. Certaines allègent leur situation économique et viennent pour leur intérêt. D’autres entrent dans la chaine du partage où on ne fait pas que recevoir, mais on met la main à la charité inventive et responsable. L’aumône, la charité, la quête resteront. Jésus dit qu’il y aura toujours des pauvres parmi nous. Mais l’économie solidaire veut faire un pas de plus pour favoriser le relèvement des personnes. La meilleure façon d’établir des liens fraternels commence par les simples choses de la vie, d’une main à l’autre.

 

François d’Assise deviendrait vite un familier de cette table commune. Il y enverrait des frères y faire leur apprentissage du monde dans le besoin. Bien plus, il se réjouirait de savoir ses frères proches des enjeux quotidiens que plusieurs gens vivent. Café Partage est une réponse évangélique qui redresse la tête et le cœur. Il tient debout grâce au courage et à la solidarité de chacun.

vol. 124, no 2 • octobre 2019

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