LA CHAMBRE HAUTE

FRÈRE JACQUES, moine cistercien, Abbaye de Rougemont

Le frère Jacques, moine cistercien à l'Abbaye Notre Dame de Nazareth de Rougemont, nous dévoile une expérience unique d'accueil et d'accompagnement vécue avec des jeunes dans la vingtaine. Cette initiative de l'Abbaye, sous la conduite de son Père Abbé, Dom Raphaël, donne des fruits qui ont leur temps propre de maturation, celui de la vie qui nait et chemine. Une écriture prenante, un récit éclairant. Un clin d'œil de l'Espérance.

« Pour mes deux ados, l’Église, c’est vous, les moines de Rougemont. » C’est ce que déclarait, un jour, un père de famille qui revenait chercher les siens qui terminaient une retraite de fin de semaine. Une Abbaye qui s’engage auprès de la jeunesse, ce n’est pas très courant. Voyons cela d’un peu plus près…  

Pour l’ensemble des jeunes adultes, l’Église est une réalité qui leur est complètement étrangère. Pour la génération précédente, c’était une vielle marâtre dont il fallait se débarrasser. « Jésus oui, l’Église non ! » était leur slogan. Pour les jeunes donc c’est une bonne vieille grand-mère, bien gentille, mais qui ne comprend décidément rien à leur univers numérisé. Les mouvements chrétiens s’essoufflent, les paroisses agonisent, les célébrations sont à dormir debout. Célébrer l’eucharistie avec quelques têtes blanches dispersées qui ne veulent pas être dérangées dans leurs dévotions, non merci !

UN VISAGE PARLANT

Quelques-uns parmi eux, plus informés ou simplement plus chanceux, peuvent mettre un visage plus parlant sur cette Église grâce à une ou deux communautés qui les rejoignent. La communauté des moines de l’Abbaye Cistercienne de Rougemont essaie d’être un de ces visages.

 

Depuis presque 10 ans, elle réserve un accueil privilégié aux jeunes croyants. Qu’ils soient en discernement du vouloir de Dieu sur eux, à la recherche de leur place dans l’Église, en quête de Dieu ou simplement en recherche de sens, peu importe.

 

Oui, peu importe leur soif, leur plus grande frustration est la solitude dans laquelle ils vivent leur recherche. À qui parler? Avec qui échanger ? À qui se confier pour se faire guider ? Leurs parents, s’ils sont croyants, ne comprennent pas qu’ils délaissent les églises. S’ils ne le sont pas et que leurs enfants se convertissent au Christ, c’est encore pire. Les amis, les copains de classe, les confrères de travail, quant à eux, ne veulent rien savoir de leur démarche de foi. Le plus souvent parce qu’ils sont eux-mêmes déboussolés par le manque de sens dans leur vie. « Pourquoi est-ce que je me lève le matin pour mettre un pied devant l’autre ? Ça me met tellement mal quand j’y pense que je ne veux pas en parler. »

 

Solitude. Malaise. L’impression d’être un « martien » si on dit à quelqu’un qu’on croit au Christ.

 

Mais on ne peut pas vivre sa foi tout seul. Certes, ils peuvent joindre un groupe de partage sur la Toile. Ou avoir des «amis» chrétiens sur leur page Facebook. Mais cela ne suffit pas. Rencontrer, coudoyer, échanger, partager, avoir des activités communes... voilà ce qu’ils veulent.

L’HOSPITALITÉ MONASTIQUE

Les moines se sont lancés dans l’accueil-jeunesse. Certes, depuis des siècles, les monastères sont généreux de leur hospitalité. Au Moyen Âge, c’était surtout les pèlerins et les pauvres qui étaient les privilégiés de leurs hôtelleries. Dans les temps modernes, ce sont les personnes ayant besoin de se ressourcer dans leur vie de foi ou simplement en quête spirituelle. Les besoins changent avec le temps. Les moines de Rougemont ont pensé aux jeunes. Permettre à ceux et celles qui ont déjà un cheminement avec Jésus de faire un pas de plus pour découvrir ce qu’Il veut qu’ils fassent de leur vie.

 

En août 2009, un espace a été aménagé spécialement pour eux. Il comprend un salon, un atelier d’art, un café Internet et quatre chambres. Ils l’ont nommé « Chambre Haute ». Un peu parce qu’il est situé au-dessus de l’aile où les frères habitent, mais surtout parce que, dans le Nouveau Testament, c’est ainsi qu’est appelé le lieu où les apôtres et les premiers disciples de Jésus ont vécu l’expérience de la Pentecôte et que l’Esprit leur a donné leur mission.

Ce n’est pas une surprise, les jeunes viennent au compte-goutte. Mais la plupart adorent l’expérience, et la répercutent sur les réseaux sociaux. Des amis, à leur tour, sont intéressés. L’effet  boule de neige...
LA CHAMBRE HAUTE

La « Chambre Haute » de Rougemont  n’est ni en clôture monastique, puisque il n’est pas question d’en faire une usine à fabriquer des moines, ni à l’hôtellerie puisqu’ils se feraient toiser par des retraitants adultes, ce qui les mettrait mal à  l’aise. Un entre-deux.

 

Un frère de la communauté vit avec eux et les accompagne tout au long de leur séjour. Celui-ci est normalement d’une semaine. Mais renouvelable. Tout en se sentant respectés dans ce qu’ils sont, ils sont donc en contact direct avec la communauté, ce qui est pour eux extrêmement interpellant, puisqu’ils n’ont que rarement l’occasion de côtoyer des personnes pour qui l’engagement au nom du Christ et de l’Évangile est fondamental. Sans obligation, ils sont invités à prendre part à au moins quelques-uns des sept temps de prière de la communauté. Encore une fois, découverte de la prière de l’Église, ce qui est pour le moins déconcertant à leurs yeux.

EN RECHERCHE D’IDENTITÉ

L’expérience des quelques dernières années montre que le groupe d’âge auquel la formule répond le mieux se situe autour de la vingtaine. Et que, souvent, la première étape consiste pour eux à découvrir qui ils sont. La virtualité, le look, l’autoportrait (selfie), la façade prennent tellement de place de nos jours, qu’ils ont de la difficulté à se doter d’une véritable identité. Pour ce faire, le frère responsable va les inviter à explorer l’une ou l’autre des formes d’art disponibles : musique, peinture, sculpture... En effet, gratter une guitare quand on n’en a jamais fait, se retrouver face à une toile, des pinceaux et des tubes de peinture, peindre une aquarelle pour la première fois, devoir s’attaquer à une pierre à savon (stéatite) pour en faire sortir ce qu’on y voit caché, permet souvent à du non-dit de s’exprimer. À des talents enfouis de venir au jour. De commencer un dialogue sur ce qui nous habite, sur nos rêves et nos conflits intérieurs.

 

Ce n’est pas une surprise, les jeunes viennent au compte-goutte. Mais la plupart adorent l’expérience, et la répercutent sur les réseaux sociaux. Des amis, à leur tour, sont intéressés. L’effet  boule de neige...

Des jeunes au monastère…
Un monastère ouvert aux jeunes…
ALLER PLUS LOIN

Par la suite, quelques-uns sont restés en contact avec la communauté. Ont demandé à avoir un suivi : « On voudrait aller plus loin. Est-ce que vous pouvez organiser des retraites spécialement pour des jeunes comme nous ? On n’a rien pour nous faire cheminer dans la foi. » La communauté a essayé d’y répondre. Petit à petit, avec l’aide de laïcs engagés, un programme s’est mis en place. Actuellement, tout au long de la belle saison, six fins de semaines sont organisées spécifiquement destinés à l’évangélisation de la jeunesse. Les activités varient, les groupes d’âges visés aussi. Une section du site Internet de l’Abbaye et la page Facebook en rendent compte.

Des jeunes savent que, peu importe où ils en sont, peu importe ce qu’ils vivent, des moines sont prêts à les accueillir et à les écouter.

vol. 123, no 1 • Mars 2018

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