CONCERTISTE DE CHEVET

MATTHIEU LÉVEILLÉ,  UN TÉMOIN HORS-LES-MURS

MICHEL RONDEAU

Un talent musical reconnu, un cancer au début de la vingtaine, la recherche d'un sens à sa vie, il le trouve du côté de l'amour et de la simplicité. Avec son lutrin, sa guitare, ses partitions, il déambule d'un chevet à l'autre, il « humanise les corridors », apporte « une bouffée d'air pur ».

Son parcours de musicien est marqué de succès.  Lauréat du festival de la chanson de Granby, détenteur d’une maitrise en guitare classique, il n’a jamais fermé la porte au monde du spectacle et y effectue souvent des incursions. 

L’odeur d’hôpital demeure toujours pour Matthieu Léveillé comme un spectre persistant.  Rescapé d’un cancer au début de sa vingtaine, les effluves métalliques de la chimio, il les capte encore «même à travers le sac de soluté, même à travers la peau des patients », reconnait-il.  Or, qu’il travaille aujourd’hui au Centre hospitalier de Verdun, qu’il y passe son quotidien de musicien dans les chambres du département des soins palliatifs, voilà qui témoigne chez lui d’un désir obstiné de créer du sens.  Il avoue qu’il y a même là une stratégie bien consciente de sa part.  Le traumatisme, il l’a intégré à sa démarche personnelle en lui assignant une fonction précise : celle d’un aiguillon destiné à lui rappeler régulièrement l’urgence de vivre, de se réaliser, de laisser sa trace de façon significative.

Cette urgence, elle a surgi des tréfonds de sa convalescence comme une question inévitable, un appel à l’action dans un moment où, impuissant, la maladie l’enchainait lourdement. Trouver son espace à lui dans l’univers, dans la collectivité, avec les autres, un espace où il pourrait accueillir et être accueilli, une démarche qui allait devenir vitale.  Dès lors, la recherche de sens a tenu lieu pour lui de spiritualité.  La religion certes lui avait envoyé quelques inspirations sporadiques.  Ainsi, de ses entretiens avec le père Raphael de l’Abbaye de Rougement, il avait retenu que le sens doit se trouver du côté de l’amour et de la simplicité.  Ce que lui avait confirmé d’ailleurs la lecture de l’Évangile, suggérée par le bon cistercien.  Au Pérou, professeur invité à  l’école de musique d’Ayacucho, il goûte à la frénésie joyeuse, profonde et rassembleuse des rituels entourant la fête de Sainte Cécile, patronne des musiciens.  Mais sans plus.  Quelques repères, tout de même structurants, mais l’Église et les curés conservent malgré tout pour Matthieu un goût de contradiction.

Son parcours de musicien est marqué de succès.  Lauréat du festival de la chanson de Granby, détenteur d’une maitrise en guitare classique, il n’a jamais fermé la porte au monde du spectacle et y effectue souvent des incursions.  Toutefois, irrémédiablement, sa route le ramène vers l’hôpital comme s’il s’agissait d’une mystérieuse et imprévisible allégeance première. 

« C’est pour cela que le but de mes concerts de chevets, comme il les appelle, c’est de créer des moments pour provoquer, célébrer et honorer la rencontre de l’autre en lui faisant toute place.» 
 
Matthieu Léveillé

Certains disent qu’il est un Patch Adams avec une guitare plutôt qu’avec un nez de clown.  Dubitatif, Matthieu concède que, tout comme le rire, la musique devrait être partout et accessible pour tous : démocratique.  Quand à s’investir de la mission salvatrice d’être au service des plus démunis, voilà qui lui apparait quelque peu intimidant.  Tout au plus croit-il avec humilité que son rôle consiste à apporter du mieux-être là où il passe afin de faciliter la guérison, du moins celle du cœur quand celle du corps n’est plus possible. 

Son rôle dans le système médical est certainement atypique, apatride de toute corporation.  Ceux qui voudraient lui assigner une case précise s’en trouvent déstabilisés.  Dans un établissement de santé, dans un monde où tous les actes sont paramétrés et où les fonctions de chacun sont solidement campées, Matthieu en est venu à forger son espace à lui, original.  Il est devenu peu à peu, au fil des 10 dernières années, un incontournable de la communauté où il évolue.  Récemment, en le croisant avec sa guitare, son lutrin et ses partitions, déambulant d’un chevet à l’autre, une infirmière lui a dit qu’il « humanise les corridors ».  Un mourant : « tu m’as fait oublier que j’avais mal ».  Dans un témoignage émouvant, une femme parla des dernières heures de son conjoint, atteint du cancer et surtout de la présence apaisante de Matthieu, « une bouffée d’air pur ».

Pour Matthieu Léveillé, l’époque actuelle, marquée par l’individualisme et vidée des liturgies traditionnelles, peine à trouver de nouveaux rituels.  Toutefois, ceux-ci émergent peu à peu et c’est là une entreprise à laquelle il désire ardemment contribuer.  En fin de vie, notamment, ce besoin devient criant.  Il constate que beaucoup de gens vieillissent et meurent seuls dans un univers institutionnalisé qui n’est pas le leur.  « C’est pour cela que le but de mes concerts de chevets, comme il les appelle, c’est de créer des moments pour provoquer, célébrer et honorer la rencontre de l’autre en lui faisant toute place.»

vol. 123, no 2 • Juin 2018

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