
LA PÂQUE DU FRÈRE FRANÇOIS
Le contexte mondial actuel ne cesse de nous ramener des images de mort. Face à ces milliers de morts, victimes de ces horribles guerres, comment alors chanter avec saint François d’Assise « notre sœur la mort » ?

Le contexte mondial actuel ne cesse de nous ramener des images de mort. Au Liban, depuis le début des attaques meurtrières on compte, après deux semaines, 850 morts incluant des civils, des femmes et des enfants. Pire encore en Iran alors qu’on relève 1300 morts. Du côté israélien et étasunien aussi, chacun respectivement dénombre 12 et 13 morts. Dans les autres pays du Golfe, les attaques iraniennes auraient fait 24 morts.
(Daniel Blanchette Pelletier, Où en est la guerre en Iran après deux semaines? Radio-Canada, 15 mars 2026)
Face à ces milliers de morts, victimes de ces horribles guerres, comment alors chanter avec saint François d’Assise « notre sœur la mort » ?
Toute mort est douloureuse ! Pour la personne elle-même mais aussi pour ses proches. La mort naturelle se conçoit peut-être plus pacifiquement. Mais dans un contexte de guerre, la mort provoquée soit par la méchanceté humaine, la recherche du pouvoir, de domination ou encore motivée par des intérêts économiques, soulève à notre conscience de grands questionnements.
Il m’arrive de dire qu’il n’y a pas que la mort qui est un passage. Selon moi, c’est plutôt notre séjour sur cette terre qui est un passage. On est comme en transit. Le mot « humain » nous ramène à ce que nous sommes réellement : des êtres nés de l’humus, de la terre, créés fragiles, vulnérables et mortels. Chacun bénéficie d’un moment plus ou moins long sur cette terre.
COMME UNE SEMENCE ÉTERNELLE
Toutefois, j’en suis convaincu, quand nous naissons à cette vie humaine, nous sommes déjà dans l’éternité. Elle germe en nous comme une semence éternelle. La nature elle-même nous en donne une image. Je regardais les branches des arbres ces temps-ci. Elles sont dépouillées de leurs feuilles mais les bourgeons, eux, sont déjà là, fixés à la branche nue. Déjà l’automne dernier, ils poussaient la feuille rendue à son terme pour naître à leur tour. Maintenant, ils annoncent déjà un printemps; la nature nous parle de renaissance. Elle nous enseigne que toute vie doit d’abord passer par le dépouillement pour se renouveler. La résurrection de Jésus est pour nous source d’espérance et de Vie : « le grain de blé qui meurt porte beaucoup de fruits », dit-il.
Au cours des dernières années, nous avons célébré trois huitièmes centenaires liés à saint François d’Assise : celui de la première crèche de Greccio, du Cantique des créatures et enfin celui des stigmates. Cette année, un autre huitième centenaire de saint François d’Assise est souligné, sa naissance au ciel survenue par sa mort au soir du 3 octobre 1226. À cette occasion, le pape Léon a proposé à l’Église universelle une année jubilaire dédiée à saint François d’Assise.
François a accueilli « notre sœur la mort » comme il l’a tendrement appelée. C’est donc la Pâque de saint François que nous célébrons.

LA MORT « MA SŒUR »
Comment se fait-il que François en soit arrivé à appeler la mort « ma sœur » ? Selon moi, tout au long de sa vie, François a cherché à apprivoiser la mort. À chaque jour, il s’est efforcé de plonger dans la Pâque du Christ. En contemplant le Christ crucifié, humble et pauvre, François est entré dans ce mystère d’abaissement, de dépouillement, de mort et de résurrection. Il s’est dépouillé de tout, comme le Christ. « Lui, de condition divine, …s’est anéanti, … il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Phil 2, 7-8)
L’une des prières qu’on lui attribue nous redit son désir d’imiter le Christ jusque dans sa mort : Seigneur, je t’en prie, que la force brûlante et douce de ton amour prenne possession de mon âme et l’arrache à tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de ton amour, comme tu as daigné mourir par amour de mon amour.
La vie elle-même comporte ces alternances entre épanouissements et dépouillements, entre accomplissements et abandons, entre naissances et morts. Nous en faisons quotidiennement l’expérience.
Le vieillissement, la santé qui flanche, la perte de personnes proches, les pertes d’amitiés. Tous les manques vécus dans un esprit de foi pascale stimulent notre croissance humaine et éveillent notre espérance.
Il n’est pas facile de voir la mort comme une « sœur ». Par contre, elle n’est pas une adversaire. Nous l’avons tant de fois rencontrée au cours de notre vie que nous pouvons faire d’elle une compagne. Si nous l’accueillons librement et sereinement, la mort devient un lieu de résurrection. « La mort, c’est plein de vie dedans » disait Félix Leclerc.
Oui, il y a de la tristesse lorsque nous sommes confrontés à cette dure réalité de la mort. Toute séparation est difficile à vivre. Les pertes causent de profondes douleurs. On ne s’y habitue pas mais l’important est d’y trouver un sens. Saint François d’Assise, nous dit que seul Jésus, en ressuscitant, a donné à la mort son véritable sens.
Juste avant la strophe qui lui fait chanter notre sœur la mort, François fait cette louange :
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour Toi ;
qui supportent épreuves et maladies ;
heureux s’ils conservent la paix,
car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.
Face aux conflits mondiaux que nous connaissons présentement, le pape Léon a offert à l’Église et à l’humanité entière l’occasion d’une année jubilaire dédiée à saint François d’Assise. Il propose donc le modèle de François pour inspirer à chacun et chacune de nous mais aussi à ceux qui détiennent les pouvoirs de décision, d’emprunter ces chemins évangéliques enseignés par Jésus : pardonner sincèrement par amour, supporter l’adversité avec patience et bonté et créer la paix dans le dialogue et la confiance.
