
RÉFLEXION INSPIRÉE DE
«LA LÉGENDE DES TROIS COMPAGNONS»
ANDRÉ RACINE ofm
L’Évangile devient le cœur de la vie de François. Tout ce qu’il entreprendra, que ce soit l’accueil des frères, ses temps de solitudes et de jeûnes, ses prédications, son engagement pour la paix, la rencontre avec le Sultan en pleine guerre, l’évolution de la Fraternité et la contestation de la règle par de certains frères, sera regardé à partir de l’Évangile

Dernièrement j’ai lu ce récit, qui m’a paru présenter l’itinéraire de Saint François de sa jeunesse chez ses parents à Assise jusqu’à sa mort à Ste-Marie des Anges en 1226. Ce que je vais en retenir c’est son cheminement vers Dieu.
François, encore jeune, donne des signes d’une grande générosité. Il est courtois et aime les fêtes et, étant fils d’un marchand fortuné, il organise pour la jeunesse d’Assise des rassemblements festifs et en assure souvent les dépenses. François recherche aussi les vêtements somptueux, qui sont au-delà de ce qui conviendrait à un fils de marchand. Ses parents le réprimandent sans toutefois réussir à influencer sa conduite. Il est populaire dans la ville d’Assise et ce n’est pas mauvais pour les affaires. Donc François continue ses dépenses et ses fêtes.
Mais François, encore jeune, devient attentif aux personnes qui demandent l’aumône, pour l’amour de Dieu. Très vite il se promet de ne jamais refuser l’aumône aux pauvres qui demandent.
Il porte aussi le désir de réaliser un avenir brillant. Il rêve de devenir chevalier et c’est par des exploits guerriers qu’il compte y parvenir. Il n’est pas une personne de demi-mesure, il est entier.
L’APPEL
Pour ce qui est de l’amour de Dieu, quoiqu’encore faible, il le découvre et l’accueille comme une interrogation pour sa vie. Il commence à prier pour approfondir cet appel intérieur qu’il perçoit. Il fréquente des lieux solitaires, des petites églises abandonnées. Et c’est dans une de ces églises qu’il entend une voix venant du crucifix. Il est saisi par cette voix, et surtout par les souffrances qui émanent du crucifié. Il en est profondément touché. Cette voix lui dit : « Va François répare ma maison qui tombe en ruine » Dans cet appel, il perçoit la volonté de Dieu et il veut y répondre en réparant la petite église.
Il y a deux autres événements que je ne peux passer sous silence. Son père le rejette et lui réclame tout l’argent qu’il détient du Commerce. Alors, devant l’évêque, qu’il reconnait comme représentant de Dieu et pasteur de l’Église, François remet à son Père l’argent et tous ses vêtements et se réclame désormais de Dieu qu’il considère comme son Père.
L’autre réalité que je retiens c’est le fait que François reconnait qu’il a horreur de rencontrer des lépreux. Il évoque dans son testament le changement qui se réalise en lui. Il dit : « Le Seigneur me conduisit parmi eux et j’exerçai la miséricorde à leur égard ». Ainsi François découvre le grand Amour du Christ dans le crucifié et le don de soi jusqu’aux plus abandonnés.
François répare des églises, quête pierres et nourriture. Lui, qui avait vécu dans l’abondance, se fait mendiant et entre dans cette pauvreté extérieure et intérieure, que lui révèle l’Évangile.

LE CŒUR DE SA VIE
L’Évangile devient le cœur de sa vie. Tout ce qu’il entreprendra, que ce soit l’accueil des frères, ses temps de solitudes et de jeûnes, ses prédications, son engagement pour la paix, la rencontre avec le Sultan en pleine guerre, l’évolution de la Fraternité et la contestation de la règle par de certains frères, sera regardé à partir de l’Évangile.
La Règle, François la présente comme émanant de l’Évangile, qui ne peut accepter de compromis. Les oppositions de certains frères furent très douloureuses pour lui. Cependant, il est soutenu dans sa vision de vie évangélique exprimée dans la Règle, par un bon nombre de frères et par Claire, jeune fille d’Assise, qui a compris la profondeur et l’engagement du message évangélique. Claire est à l’origine d’une nouvelle communauté contemplative, les Pauvres Dames, plus connu sous le nom de Clarisses. Elle le soutient de son amitié, sa prière et ses conseils.
En 1224, deux ans avant sa mort, François se retire au mont Alverne pour vivre le carême de la St-Michel, qui se situe près de la fête de l’exaltation de la Sainte Croix. Un matin en prière, il voit venir a lui dans le ciel un Séraphin à six ailes. Entre les ailes il voit le Christ en croix, lui exprimant une infinie bonté. En le voyant cloué sur la croix, il ressent une vive douleur, mais aussi une grande joie.
LA DERNIÈRE ÉTAPE
François devient de plus en plus conscient qu’il arrive à la dernière étape de sa vie terrestre. Il ne peut plus marcher, les stigmates l’en empêche et il est aussi très souffrant. Cependant il reste très présent à ses frères, et il compose un nouveau couplet qu’il ajoute à son Cantique des Créatures : « Loué soit-tu mon Seigneur pour notre sœur mort corporelle, à laquelle nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels ! Bienheureux ceux qu’elle trouvera en tes très saintes volontés, car la mort seconde ne leur fera pas mal. Loué et bénissez mon Seigneur et rendez grâces et servez-le avec grande humilité. » François accueille la mort avec confiance en la miséricorde et l’amour du Seigneur. Il bénit ses frères présents et futurs, partage le pain avec ses frères, bénit Claire et ses sœurs, et passe à l’autre Vie.
De l’ensemble de ces considérations je perçois la grande fidélité de François à l’appel de l’Esprit. Sa réponse à l’amour du Christ pauvre et crucifié qu’Il nous laisse en héritage, nous de la famille franciscaine, et de toute personne qui reçoit son pressant message.
