JEANNE LE BER PORTEUSE D’UNE TRADITION

Sr GINETTE GÉNÉREUX rm

Jeanne Le Ber est née en Nouvelle-France, en 1662. Elle sera pendant, 20 ans, recluse dans un appartement adossé à la chapelle des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Dans cet espace, deux fenêtres : la première donne à l’intérieur de l’église sur le tabernacle, l’autre sur l’extérieur, où les gens peuvent se confier. La tradition des recluses remonte au Moyen Âge. Recluses, elles offrent à leurs contemporains une vie de prière et d’intercession alors que la population s’occupe de leurs besoins matériels. Cette vie est une inspiration pour les Recluses missionnaires qui, aujourd’hui, partagent leur vie entre deux pôles, le silence et le recueillement d’un côté et l’hospitalité, avec l’hôtellerie du monastère, de l’autre.
GINETTE GÉNÉREUX

Sr Ginette Généreux, r.m., est en quelque sorte, une fière héritière de la tradition des recluses portée par Jeanne le Ber. Entrée dans la communauté des Récluses missionnaires en 2001, Sr Généreux a fait sa profession perpétuelle en 2008. Les Recluses missionnaires sont situées à la pointe est de l’île de Montréal, à Rivière-des-Prairies. La communauté y tient une hôtellerie qui accueille toute personne souhaitant se plonger dans un climat de silence et de recueillement.

Les recluses missionnaires

La figure de Jeanne Le Ber devient marquante lorsqu’on considère les motifs spirituels qui ont contribué à la fondation de Montréal. Parmi les fondateurs et les fondatrices de la ville, elle est celle qui se consacra totalement à la prière, portant dans son intercession la colonie naissante. De son vivant, Jeanne fut reconnue par ses contemporains comme l’Ange de Ville-Marie. 

QUI EST JEANNE LE BER?

Jeanne naît en 1662, vingt ans après la fondation de Montréal. Elle est fille unique parmi les cinq enfants qu’auront Jacques Le Ber et Jeanne LeMoyne, tous deux natifs de la Normandie et mariés en 1658 dans la nouvelle colonie. Jeanne reçoit une éducation la rendant apte à assumer les tâches requises pour la tenue d’une maison familiale. Pourtant Jeanne, à 17 ans, ne se sent pas appelée au mariage ; elle souhaite se retirer en solitude pour mener une vie de prière. Elle rencontrera de la résistance, mais son entourage finira par accepter son orientation et lui apportera le soutien nécessaire. Jeanne vivra quinze années de solitude d’abord dans la maison paternelle et ensuite vingt ans en réclusion complète dans un petit appartement adossé à la chapelle des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. En tout, Jeanne aura vécu comme recluse trente-quatre années jusqu’à son décès en 1714 à l’âge de cinquante-deux ans.

LES RECLUSES AU MOYEN ÂGE

Jeanne est porteuse d’une tradition dont les racines se sont développées surtout au Moyen Âge. De cette période, nombreux sont les témoignages de femmes ayant adopté un mode de vie de réclusion quelque peu radical à nos yeux d’aujourd’hui, telles sainte Yvette, sainte Julienne de Cornillon, bienheureuse Ève de Liège, sainte Julienne de Norwich et sainte Colette de Corbie, pour ne nommer que celles-ci [1]. Cette forme de vie reconnue par l’Église consistait à vivre emmurée près d’une église, d’un hôpital, d’un pont. La présence de la recluse assurait à ses contemporains une prière continue. La population valorisait la prière d’intercession des recluses et pourvoyait à leur nourriture et autres besoins. Jeanne Le Ber s’insère dans cette lignée et malgré la disparition progressive de la réclusion vers les XIIIe et XIVe siècles, a ravivé ce mode de vie dans sa forme la plus pure.

[1] Pour en savoir davantage sur les Recluses dans l’histoire : http://reclusesmiss.org/wp/les-recluses-dans-lhistoire-dossier/

UNE INSPIRATION POUR LES RECLUSES MISSIONNAIRES

La vie de Jeanne, et par elle la tradition des recluses [2], est une inspiration pour les Recluses Missionnaires fondées en 1943. Nos fondatrices, Rita Renaud et Jeannette Roy, toutes deux montréalaises, avaient fait leurs études chez les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Celles-ci ont toujours perpétué la mémoire de Jeanne Le Ber. Lorsque Rita et Jeannette se sont rencontrées en 1941, c’est justement leur attrait commun pour Jeanne qui a allumé l’étincelle capable de faire naître une nouvelle communauté religieuse contemplative.

 

[2] Pour en savoir davantage sur la Tradition des Recluses : http://reclusesmiss.org/wp/la-tradition-des-recluses/

MA «PIERRE D’AIMANT»

La motivation de Jeanne de se vouer à la prière d’adoration eucharistique imprègne aujourd’hui la spiritualité de la communauté. Un fait important dans la vie de la recluse nous éclaire à ce sujet. En 1698, trois ans après son entrée en réclusion à la Congrégation de Notre-Dame, Jeanne reçoit des visiteurs : Mgr de Saint-Vallier escorté de deux Anglais qui souhaitent voir Jeanne dans sa solitude. Étonnés de son environnement dépourvu de confort, elle qui était dotée d’un héritage familial prestigieux, l’un deux la questionne sur son choix d’une vie aussi dépouillée. Elle lui répond :

 

« C’est une pierre d’aimant qui m’a ainsi attirée et séparée de toutes choses. » Le visiteur, également pasteur, insiste pour connaître qu’elle est cette « pierre d’aimant ». Jeanne ouvre alors la petite fenêtre qui donne vue sur le tabernacle de la chapelle et dit : « Voilà ma pierre d’aimant. C’est Notre-Seigneur qui est véritablement et réellement dans le très Saint Sacrement. » [3]

 

[3] Relaté par son premier biographe : BELMONT, François Vachon de, p.s.s., 1722, La vie de Mademoiselle Le Ber, Anachorette Recluse, dans la maison des Sœurs de la Congrégation de Notre Dame de Ville-Marie, en L’isle de Montréal, en Canada, p. 159-160.

Détail, verrière de Jeanne Le Ber

dans son reclusoir.

© Photo : André Tremblay

LES DEUX FENÊTRES : ADORATION ET INTERCESSION

Grâce aux Règles écrites pour des reclus ou pour des recluses, nous savons que leur reclusoir était pourvu de deux fenêtres. Une ouverture donnait sur le tabernacle de l’église, comme nous venons de le voir dans le fait relaté de la vie de Jeanne, et une autre ouverture donnait sur l’extérieur où les gens pouvaient confier leurs intentions de prières.

 

C’est ainsi que nous aimons illustrer la mission de la communauté enracinée dans l’Eucharistie. Notre prière d’adoration se relie à la fenêtre ouvrant sur la Présence eucharistique du Christ, tandis que notre prière d’intercession se relie à la fenêtre ouvrant sur le monde. Le nom de la communauté exprime bien ces deux réalités : Recluses pour sa présence à Dieu et Missionnaires pour sa présence au monde.

HOSPITALITÉ MONASTIQUE

La particularité de la communauté se retrouve dans le fait que nos fondatrices ont relié la tradition monastique à la tradition des recluses. De la tradition monastique, nous avons hérité entre autres l’hospitalité. L’hôtellerie du monastère accueille toute personne souhaitant se plonger dans un climat de silence et de recueillement. Les hôtes peuvent prier avec nous la Liturgie des Heures, participer à l’Eucharistie quotidienne et adorer dans notre chapelle. C’est pour nous un moyen d’être présentes au monde en quête de lieu d’oasis. [4]

 

[4] Pour en savoir davantage sur l’hôtellerie monastique : http://reclusesmiss.org/wp/hospitalite-monastique/

Qu’apporte Jeanne au monde d’aujourd’hui ?

Depuis la découverte des restes de Jeanne en 1992, sa translation à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours en 2005 et l’ouverture de sa Cause vers la canonisation en 2015, un intérêt à connaître davantage cette femme se manifeste de plus en plus. Jeanne devient une figure qui nous interpelle tous à une vie d’intériorité plus profonde et à un don total de soi. Par son souci des pauvres, elle nous rappelle que la présence à Dieu doit s’allier au service du prochain. Par son travail exquis de broderies, elle nous montre que la beauté rapproche de Dieu.

 

C’est ainsi que la communauté des Recluses Missionnaires, inspirée par le témoignage de Jeanne, poursuit sa mission de rayonner la grâce de l’Eucharistie.

vol. 122, no 2 • Juin 2017

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