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UNE DÉMARCHE SYNODALE MONTRÉALAISE RACONTÉE PAR SON TÉMOIN 
Diocèse de Montréal      

ROGER BÉLISLE S.C.

C’est à l’invitation conjointe du Service diocésain de la pastorale sociale de Montréal[1] et du Mouvement des Travailleurs Chrétiens [MTC][2] que je me suis inscrit à cette démarche synodale. La perspective de savoir ces deux entités parties prenantes de l’initiative m’a motivé à y participer. Pourquoi donc ? Sachez que j’ai été agent de pastorale sociale dans le Centre Sud montréalais[3] et que je me ressource avec le MTC. Du reste et en tant que membre d’une communauté religieuse, je sentais une interpellation à vivre ce moment de solidarité ecclésiale. Et comme le Carrefour Foi et Spiritualité[4] se trouvait partenaire du projet, j’ai pu mieux connaître cet organisme situé dans le quartier montréalais Nouveau-Bordeau.

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Crédit photo : Jean Beausoleil

Nos expériences plurielles de croyants ont favorisé la perception des nombreux défis pastoraux qui se présentent aujourd’hui.
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Photo tirée de Google Map.

DES RENCONTRES ENRICHISSANTES

La démarche synodale proposée par le diocèse ne prévoyait qu’une seule rencontre de deux heures. Or nos hôtes avaient plutôt planifié trois rencontres de deux heures chacune. Et puisque nous étions répartis en deux cohortes, l’une d’elles se réunissait par vidéoconférence le lundi soir alors que l’autre regroupait ses membres en présentiel le lendemain matin. L’équipe d’initiateurs avait eu le souci d’annoncer que la troisième séance devait réunir les deux groupes au Carrefour un bon samedi matin. Saluons leur ingéniosité à favoriser une plus grande participation en offrant deux modalités possibles.

Pour ma part, je me suis joint à l’équipe du matin qui se réunissait au Carrefour. Je suis ravi d’avoir pu vivre cette démarche. Il y régnait une telle atmosphère d’accueil et de liberté de parole que j’ai suggéré d’étendre les deux prochaines rencontres autour d’un lunch; une suggestion qui a recueilli l’assentiment des collègues.

Notre cohorte formait une belle diversité. À preuve, deux dames engagées en pastorale paroissiale dont une jeune femme rémunérée avec mandat pour l’initiation chrétienne, un jeune père de famille colombien récemment arrivé à Montréal avec sa famille en tant que réfugié politique, deux travailleurs membres du MTC, une représentante d’Institut séculier, une religieuse et deux religieux frères. Si la majorité comptait des personnes retraitées encore très actives, il a fait bon d’y accueillir des gens plus jeunes, tous représentants de minorités visibles.

Les échanges nourris témoignaient combien nous aimons l’Église, car nous souhaitons la faire avancer dans l’adaptation non pas au goût du jour, mais plutôt à la sensibilité de nos contemporains comme aux divers enjeux sociaux, économiques et politiques du monde contemporain. Sur ce terrain, nous sommes de tout cœur avec le pape François.

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NOUVEAUX DÉFIS PASTORAUX

Nos expériences plurielles de croyants ont favorisé la perception des nombreux défis pastoraux qui se présentent aujourd’hui. Et comme deux participantes sont impliquées dans des tâches d’initiation chrétienne, certaines de nos expériences pastorales réussies leur ont été partagées.

Pour qui souhaite connaître les propos échangés, en voici un bref aperçu.   

                                                                

  • D’abord tous et toutes souhaitent des rencontres et célébrations en petits groupes.    
                             

  • Un autre a rappelé les intuitions ressortant de la recherche-action menée dans le diocèse de Saint-Jérôme au sujet de l’approche des jeunes[5]. Le prêtre sociologue Jacques Grand’Maison ne disait-il pas que nous aurions intérêt à tirer des pistes d’initiation chrétienne du processus initiatique pratiqué dans certaines sociétés plus traditionnelles.
     

  • Au chapitre des ministères, l’une des participantes a vivement souhaité que des femmes contribuent à la formation presbytérale et préparent les futurs prêtres à mieux collaborer avec elles dans leur travail en Église. Pour ma part et devant la pénurie de prêtre, j’ai proposé que les catholiques développent le sens du discernement afin de pouvoir identifier qui parmi leurs pairs pourraient exercer divers rôles ministériels rassembleurs dans leurs communautés de foi.
     

  • Nos partages ont aussi fait ressortir les défis relatifs aux différences culturelles entre gens qui fréquentent une même paroisse. Ainsi par exemple, lorsque parfois, des catholiques issus de communautés ethniques, manifestent des attentes qui correspondent à un modèle d’Église traditionnelle.                  
                                                                                                                                  

  • Un autre membre a déploré le fait que certains administrateurs paroissiaux semblaient privilégier une « pastorale de la pierre » au détriment d’une mission d’animation socioreligieuse entendue comme service d’évangile.

DES EXPÉRIENCES TERRAIN

Pour ma part, j’ai évoqué qu’à Boisbriand, la paroisse Notre-Dame-de-Fatima a un jour choisi de louer un local dans une école secondaire pour y accueillir le dimanche des recommençants avant de les faire participer aux eucharisties dominicales. N’est-ce pas admirable que le Conseil de pastorale local ait obtenu d’investir une telle dépense à ces fins ?

Par ailleurs, j’ai pris plaisir à partager cette autre expérience promue par un animateur de pastorale collégiale[6]. Ce père d’ados a, un temps, réuni le dimanche matin ses enfants et leurs amies et amis dans un resto pour un brunch. L’activité conviviale devenait prétexte à partager une page d’évangile. L’eucharistie ne tire-t-elle pas son origine d’une activité sociale inscrite dans le quotidien ?

Au fil de cette expérience du synode local, j’ai eu le sentiment que nous faisions Église. Nos échanges répondaient à un réel besoin de partager notre foi comme nos interrogations, nos expériences heureuses comme nos souffrances. Et lorsqu’il fut question de critiques, elles ont  toujours été suivies de suggestions d’amélioration. Quelqu’un a judicieusement fait remarquer combien ce type de rencontres permettait simultanément de rendre compte de notre foi. Ajoutons qu’il y a lieu de nous réjouir que le pape François ait initié cette démarche qui fleure bon un vent de démocratie en Église.

EN CONCLUSION

Si je suis reconnaissant envers ces organismes qui m’ont lancé l’invitation à de telles rencontres, je le suis tout autant envers les collègues qui m’ont enrichi de leurs partages. Mais à vous qui me lisez sans avoir participé à la démarche synodale, j’adresse cette question. Si vous vous reconnaissez des connivences avec l’Église catholique, ne pourriez-vous pas réunir des quelques amis pour entamer une telle conversation sur l’Église souhaitée afin que se perpétue l’évangile et son potentiel transformateur ?

NOTES

[1] Madame Louise Royer en est la dynamique responsable.

[2] Mouvement catholique international de travailleurs qui milite pour l’amélioration des conditions de travail et qui offre du ressourcement spirituel à partir de la démarche prophétique du Voir – Juger – Agir. Son sympathique permanent régional s’appelle Marc Alarie.

[3] D’avril 2011 à juin 2018.

[4] Organisme communautaire situé dans Bordeaux-Cartierville, au 12 075, rue Valmont, Montréal, QC H3M 2V6; téléphone : (514) 336-2420. Créé en septembre 2008 dans un quartier multiculturel  et interreligieux, le Carrefour propose des services variés en lien avec sa mission. Ses principaux objectifs sont : 1. accompagner des groupes chrétiens et des personnes en quête de sens, désireuses d'enraciner dans la foi leur expérience de vie ; 2. offrir un espace de rencontre et de ressourcement pour des personnes ou groupes de diverses cultures, traditions spirituelles et religieuses afin de favoriser un vivre ensemble harmonieux ; 3. développer la responsabilité individuelle et collective en encourageant l'engagement social et environnemental dans une démarche spirituelle.

[5] Second tome d’une série qui en comprendra quatre ou cinq, Le drame spirituel des adolescents, Fides, 1994.

[6] Gérard Laverdure qui fut mon modèle en pastorale.

vol. 127, no 3 • Octobre 2022