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EN PLEINE ACTION

MA PAROISSE A ÉTÉ FERMÉE ET SUPPRIMÉE

La synodalité déclenche chez un paroissien orphelin,  un regard vif sur l’Église. L’objectif du synode est une expérience d’écoute mutuelle entre membres de l’Église, tous motivés par la même foi en Jésus Christ, en Dieu. La prise de parole spontanée amène à parler de « communauté paroissiale », « de liturgie », « du rôle des laïcs », et « de la gouvernance ».  

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Il y a bien sûr le village voisin, mais cette église n’est pas sa mère nourricière qui l’a accueilli et accompagné depuis les démarches de son enfance.

Ernest est plongé dans une profonde réflexion depuis que sa paroisse a été supprimée et fusionnée avec un grand ensemble. Il était attaché à la petite communauté de croyants qui fréquentaient l’église toute proche et accessible. À cause du petit nombre, fréquentant le lieu, la dimension économique a parlé fort et clair, et l’église a été fermée, désacralisée. Et voilà qu’Ernest se vit en orphelin par la perte de sa « Mère Église », lieu communautaire et lieu physique de rassemblement. Il est doublement orphelin, et de communauté et de lieu de rassemblement. Il y a bien sûr le village voisin, mais cette église n’est pas sa mère nourricière qui l’a accueilli et accompagné depuis les démarches de son enfance. Il a le cœur gros de son église fermée et sur le marché pour vente.

Devant ce fait, la réflexion d’Ernest prend une tournure spéciale, depuis qu’il a entendu le pape François parler de synodalité. Il a une grande admiration pour le pape François depuis qu’il est à la tête de l’Église. Et voici que la synodalité déclenche en lui un regard vif sur l’Église. L’objectif du synode est une expérience d’écoute mutuelle entre membres de l’Église, tous motivés par la même foi en Jésus Christ, en Dieu. La prise de parole spontanée d’Ernest l’amène à parler de « communauté paroissiale », « de liturgie », « du rôle des laïcs », et « de la gouvernance ».                                                              

LA COMMUNAUTÉ

Il ressort du début de cette conversation, que la communauté a existé pour Ernest. Il reconnaît cependant qu’elle a été marquée par la consommation du sacré, même si le mot est choquant. De nombreux croyants ont considéré l’Église comme un point de services bien organisés par les responsables. Le développement du véritable sens communautaire n’a pas été fort.

Il reconnaît encore que sa communauté paroissiale était peu ou pas préoccupée de la pastorale d’ensemble. Sans parler de rivalité, il note que l’appartenance à sa paroisse manifestait un manque d’ouverture avec les Églises voisines, c’était évident. Devant cela, il se demande si la gouvernance des paroisses avait les outils pour faire une vraie communauté ouverte et collaboratrice? Évidemment qu’il voit comme un bienfait du synode, l’ouverture des communautés avec de véritables liens entre elles et le partage des ressources et des forces de chacune.

LA LITURGIE

Ernest passe ensuite à la liturgie. Il exprime le souhait d’une célébration de l’Eucharistie, source et sommet de la liturgie, marquée davantage par la résurrection que par la dimension sacrificielle de la mort du Christ. Il est fatigué des mots : pitié, pécheurs, sacrifice, indignes. Sur ce point, il souhaite une liturgie toute inspirée du Jour de Pâques avec ses « alleluia », avec « Christ a vaincu la mort », avec » Christ est vivant ». Le dimanche est bel et bien, dans l’histoire chrétienne, la fête de la résurrection et de la joie qu’elle soulève. Sans nier notre état de pécheur, la proclamation du Christ ressuscité et l’appel à le suivre en vie éternelle ne peuvent que nous éloigner du péché et de tout mal.

En liturgie, pour Ernest, la Parole de Dieu est trop lue, comme un simple élément constitutif de la célébration, trop peu proclamée, commentée et assimilée comme nourriture spirituelle. Et Dieu sait combien l’homélie  revêt un caractère important qui développe le goût de la célébration. Nombreux sont les croyants et croyantes, en milieu urbain, qui choisissent leur Église d’appartenance à partir de l’homélie prononcée : ce que lui-même a toujours fait.

Une troisième observation sur la liturgie, et il y en aurait bien d’autres, concerne le paragraphe de la prière pour l’Église dans la prière eucharistique. La dite prière mentionne une Église du pape, des évêques, des prêtres et des diacres. En tant que catéchète et en contact avec de nombreux agents de pastorale, il voit leur importance et leur implication. Il ajoute toujours mentalement, pendant la prière eucharistique, les intervenants en pastorale, les catéchètes et tous ceux qui partagent la Parole de Dieu et qui œuvrent pour la communauté. Il apprécie grandement l’ajout qu’en fait tel ou tel président d’assemblée eucharistique.

LE RÔLE DES LAÏCS

S’ouvre maintenant la réflexion sur le rôle des laïcs dans l’Église. Notre témoin reconnaît que les laïcs sont de bons serviteurs, de bons exécutants en général. Il y a bien des communautés paroissiales animées en coresponsabilité prêtres et laïcs. Pour lui, il y là une piste à explorer et à développer. Aux baptisés, il faut donner de la place et une participation au pouvoir décisionnel sur divers aspects de la vie paroissiale. De par leur culture, leur présence au monde, leur propre vie spirituelle, les laïcs apportent un complément de vision précieuse pour l’organisation pastorale. Leur présence est souhaitée à tous les niveaux. L’expérience des communautés de base, en territoire de mission, peut-elle devenir une source d’inspiration dans le passage que vit l’Église actuelle? Un projet diocésain avec des communautés chrétiennes sous la gouverne de laïcs formés et engagés est-il concevable et réalisable ?

LA GOUVERNANCE

Ernest ne peut terminer l’entrevue sans parler de la gouvernance de l’Église. Il a été un fervent lecteur de la revue « Concilium », revue spécialisée sur le Concile Vatican 2, en vue d’en faire advenir les orientations. Sa réflexion touche la grande Église universelle, mais elle peut éclairer d’autres paliers de l’Église. Une simple mention des points de sa réflexion, et cela servira de conclusion, suffit à alimenter l’espérance suscitée par le synode. Des thèmes classiques sont évoqués par Ernest. Il souhaite une compréhension claire et une application concrète du vocabulaire « unie dans la diversité »pour parler de l’Église. Il souhaite une reconnaissance de la diversité des cultures, des continents selon la volonté du concile Vatican 2. Sans connaître le détail de la gestion de l’Église universelle, des informations filtrent sur des tensions et des luttes dans certaines officines de l’Église. Notre témoin souhaite la cohésion et une vision commune de tous les conseillers et leaders de cette Église, sous la gouverne de son Serviteur universel. Le modèle de l’unité dans la diversité devrait venir, en tout premier lieu, du collège des conseillers du Serviteur de la charge pastorale de l’Église universelle. Ce dernier point de la gouvernance peut apporter lumière sur tous les points de la réflexion synodale.

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vol. 127 no 1 • Mars 2022