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AU CŒUR DES MOTS

LA SOLLICITUDE, UN MODE DE VIE ÉVANGÉLIQUE [1]

 

Le titre de ce livre d’Ignace Berten dit bien l’originalité de cette approche pour lire et vivre l’Évangile.  

[1] Ignace Berten, La sollicitude, un mode de vie évangélique. Éditeur Salvator, Paris 2019, 206 pages.

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« Jésus a une manière très significative d’être présent aux gens, aux situations et au contexte religieux et social dans lequel il se meut. Le mot qui exprime le mieux cette manière d’être et de faire, de mettre en œuvre et de vivre l’amour, est la sollicitude. » (p. 7)

La sollicitude est faite de soins attentifs, affectueux à l’égard de l’autre, d’attention soutenue, soins constants prodigués envers une personne ou une collectivité. C’est plus que « compassion » ou « empathie », que « miséricorde ». Elle correspond souvent à une image plutôt féminine, typiquement la sollicitude maternelle. La sollicitude est une rencontre de la vulnérabilité et de la fragilité des êtres humains. Elle est action, orientée vers l’intervention pour soutenir l’autre dont la situation de fragilité, de souffrance, de dépendance, touche le cœur, fait monter l’indignation, mobilise l’énergie et trouve l’adaptation juste à la situation vécue.

 

L’auteur, Ignace Berten, dominicain, est un spécialiste reconnu de la doctrine sociale de l’Église. Il a un regard attentif aux situations vécues dans l’Église et dans nos collectivités, à la lumière de la pratique de Jésus telle que nous la décrivent les évangiles. Il analyse, décortique, relève les contradictions, les incohérences, les lâchetés, les désordres.

UNE PRATIQUE ÉVANGÉLIQUE

La première partie du livre présente la sollicitude comme pratique évangélique. Il faut commencer par se laisser toucher au cœur et entrer dans une attitude de bienveillance, d’admiration, de compassion, d’indignation. Ainsi la sollicitude « voit les invisibles »,  « rencontre la quête de sens », « est ouverture au pardon ». « est liberté », « est prise de parti », « est mise en cause », « est portée par l’espérance ».

 

Qui veut se réclamer de Jésus, porte en lui « des valeurs fondamentales d’amour et de vérité, d’universalité, d’attention concrète à toutes les catégories de la population marquées par la pauvreté, la discrimination, le mépris… » (p.89).

Il fait état de la déclaration commune des églises protestantes et évangéliques des États-Unis, faite en mai 2018, mettant en cause le gouvernement et son président, Donald Trump. « Se réclamer de Jésus », est une confession de foi dans un temps de crise. Elle est pertinente en ces temps de chaos et s’impose pour toute personne qui se réclame de Jésus.

 

L’auteur a des pages éclairantes sur les tiraillements vécus dans notre Église. Elle est habitée par « une crispation sur la doctrine, une doctrine considérée comme définitive, incapable de rencontrer les situations réelles des personnes dans leur complexité, leurs attentes, leurs expériences croyantes nouvelles ou différentes »; par ailleurs « il y a l’appel du pape François à une Église en sortie, une Église attentive à toutes les périphéries de la société et de l’existence, une Église appelée à accueillir, protéger, promouvoir, intégrer. Une Église animée par une véritable sollicitude » (p. 202)

LA RÉVOLUTION DE LA MISÉRICORDE

La deuxième partie de l’ouvrage s’attache à décrire cette révolution de la miséricorde qu’initie le pape François. L’auteur montre le virage majeur du Concile Vatican II qui a été ralenti par les choix d’orientations des papes Jean-Paul II et Benoit XVI. Dans une conscience vive et soucieuse d’une Église dont la mission est d’aller vers le monde, le pape François est au-devant des personnes et collectivités en périphérie et y entraîne l’Église. Il y a là une situation de fracture grandissante dans l’institution, une tension avec laquelle l’Évangile nous apprend à vivre.

 

Se laisser toucher par la sollicitude, l’intégrer dans notre vie, nous amène à revoir quelle image nous avons de Dieu, le Dieu Père et miséricordieux de Jésus. Cette image se transforme pour s’ajuster aux réalités de notre monde en souffrance, pour être fidèle à la pratique même de Jésus. Jésus Christ est avec nous, l’Esprit qu’Il envoie nous indique les chemins nouveaux à tracer.

J’ai trouvé en ces réflexions d’Ignace Berten, une grande profondeur, une ouverture à ce que vivent les peuples sur notre planète, un sens historique de l’évolution de l’Église, un souci éclairant des défis que rencontrent l’Église et les croyants pour apporter une parole et une action de sollicitude dans un monde qui souffre et cherche.
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vol. 126, no 1 • Mars 2021