Retenons les mots « Allez, paix et Christ ». 

À eux seuls, ces trois mots tracent l’itinéraire de notre pèlerinage de peuple en marche vers le Royaume éternel de paix, instauré par le Christ, et décrivent l’inspiration, l’action, le moyen et le but ultime de notre mission de baptisés-envoyés au cœur du monde, au nom du Seigneur. Ils lui donnent tout son sens.

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« La paix soit avec vous ! »
Par ces mots, l’évêque, le prêtre, débute chaque célébration, au nom du Seigneur. Par ailleurs, à la fin de chacune des liturgies, nous sommes envoyés au cœur du monde par ces mots : « Allez, dans la paix du Christ ! »

Dans cette familière formule d’envoi, retenons les mots Allez, paix et Christ. Les trois sont indissociables.

À eux seuls, ces trois mots tracent l’itinéraire de notre pèlerinage de peuple en marche vers le Royaume éternel de paix, instauré par le Christ, et décrivent l’inspiration, l’action, le moyen et le but ultime de notre mission de baptisés-envoyés au cœur du monde, au nom du Seigneur. Ils lui donnent tout son sens.

La paix n’est pas d’abord un refuge, un havre ou une oasis. Elle est appel à sortir de soi afin de rencontrer nos frères et nos sœurs en humanité et de relever, ensemble, les multiples défis communs auxquels nous sommes confrontés depuis des millénaires.

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LA PAIX EST À BÂTIR

Chantier permanent depuis la création du monde, la paix est à bâtir, d’abord en soi. C’est aussi « dehors » que cela devrait se vivre pleinement : dans nos couples et nos familles, nos lieux de vie, nos communautés de foi, nos villes et villages, bref dans notre monde concret.

Pourquoi attendrions-nous « d’être » en paix pour « faire et vivre » la paix ? Ces deux facettes sont appelées à se vivre en concomitance et à se dynamiser l’une l’autre. Par où commencer ?

La prière attribuée à Frère François Fais de moi Seigneur un instrument de ta paix nous trace un ambitieux programme de vie.

Le verset 9 du psaume 84 ne laisse pas de doutes sur le désir ardent de Dieu pour l’humanité : « J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu'ils ne reviennent jamais à leur folie ! ». Jésus affirme dans son discours sur la montagne : « bienheureux les artisans de paix » (Mt 5,9).   

Toutes et tous, nous sommes témoins des folies et des égarements du monde. Être artisane ou artisan de paix dans un tel contexte prend toute sa pertinence et tout son sens car « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix »

(1 Cor, 14, 33). 

LA PAIX DU CHRIST

Dans plusieurs récits d’apparition, le Ressuscité dit d’abord et avant tout : « Paix à vous ». Il rassure ses disciples; c’est bien lui, présent parmi eux. La paix du Christ est garante de notre paix. Alors, tournons-nous vers Jésus pour trouver la paix : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16, 33)

S’enraciner dans la paix du Christ génère la paix intérieure. En accordant la priorité au Seigneur et en lui faisant confiance, nous nous ancrons fermement dans la paix que lui seul peut nous donner. La paix est un fruit de l’Esprit dans nos vies : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »

(Ga 5, 22).

Fruit de l’Esprit, la paix fait également partie intégrante de la doctrine sociale de l’Église où elle est présentée comme le fruit de la justice et de la charité.

Dans son message pour la journée mondiale de la paix de l’an 2000, saint Jean-Paul II écrivait : « De fait, l'Église est, dans le Christ, « sacrement », c'est-à-dire signe et instrument de paix dans le monde et pour le monde ». Dans l’histoire récente de notre Église, successivement, nos Papes se sont démarqués par leurs appels en faveur de la paix mondiale :

  • Le saint « bon pape » Jean XXIII offrit au monde un texte fondamental de réflexion sur les conditions de la paix entre les nations, l’encyclique Pacem in terris, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté. Ce document s’adressait pour la première fois non seulement aux catholiques mais aussi à toute personne de bonne volonté.
     

  • En 1965, à l’ONU, saint Paul VI frappa l'imaginaire par son vibrant appel à la paix qui résonne encore dans notre mémoire collective : « L'Humanité devra mettre fin à la guerre ou c'est la guerre qui mettra fin à l'Humanité… Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! ».
     

  • Tout au long de son pontificat, saint Jean-Paul II n’a cessé de développer des thèmes qui constituent tous, à des degrés divers, des fondements ou des conditions de possibilité de la véritable paix : justice, droits de l’homme, pardon, liberté, respect de la dignité humaine, vérité, etc.
     

  • De son côté, en 2013, le pape Benoît XVI écrivait dans son message pour la Journée mondiale de la paix que la paix n’est pas un rêve, ce n’est pas une utopie : elle est possible. Nos yeux doivent regarder plus profondément, sous la surface des apparences et des phénomènes, pour distinguer une réalité positive qui existe dans les cœurs parce que tout homme est créé à l’image de Dieu, et appelé à grandir, contribuant à l’édification d’un monde nouveau.  

SHALOM, PAIX, SALAM ! AMEN

Pour sa part, le pape François publia en juin 2014 une prière demandant au Seigneur de maintenir allumée en nous la flamme de l’espérance pour accomplir avec une patiente persévérance des choix de dialogue et de réconciliation, afin que vainque finalement la paix. Et que du cœur de chaque homme soient bannis ces mots : division, haine, guerre ! Seigneur, désarme la langue et les mains, renouvelle les cœurs et les esprits, pour que la parole qui nous fait nous rencontrer soit toujours « frère », et que le style de notre vie devienne : shalom, paix, salam ! Amen.

Nos célébrations s’achèvent habituellement non par un « Amen » mais par ce court dialogue : « Allez, dans la paix du Christ. – Nous rendons grâce à Dieu. » 

Cette finale de nos liturgies est une action de grâce pour la paix reçue, une sorte d’élan pour vivre. La préposition «dans» met l’accent sur le caractère englobant de la paix messianique qui nous dépasse et nous incite à entrer de plain-pied dans le désir de Dieu pour l’humanité.

Avec saint Paul, je demande à Dieu pour notre grande et belle famille humaine, que dans son immense tendresse, sa paix « qui surpasse toute intelligence, garde nos cœurs et nos pensées en Jésus Christ ». (Ph 4, 7).

vol. 126, no 4 • Décembre 2021