LE RÊVE DE JEANNE MANCE

HIER ET AUJOURD’HUI

ANNE-MARIE SAVOIE rhsj

Dans l’histoire de Montréal, Jeanne Mance s’est méritée plusieurs titres, pionnière, première infirmière, fondatrice et administratrice du premier Hôtel-Dieu, co-fondatrice de Montréal, marraine pour une quarantaine d’enfants, ange de la colonie et bien d’autres titres encore. Mais aujourd’hui, comment peut-elle être source d’inspiration et pour qui ?
ANNE-MARIE SAVOIE

Anne-Marie Savoie, Religieuse Hospitalière de Saint-Joseph, elle travaille présentement à l'Institut de formation humaine intégrale de Montréal, comme coordonnatrice de différents projets d'engagement dans des pays aux lourds défis. Elle a occupé différentes responsabilités dans sa congrégation, dont supérieure générale pendant douze ans. 

Sulte, Benjamin. Melle Jeanne Mance (1882)

La vocation missionnaire de Jeanne Mance mérite qu’on s’y arrête. Au décès de sa mère, en 1626,  elle  a dû prendre soin de ses frères et sœurs, étant la deuxième d’une famille de douze enfants. Lors de la guerre de Trente Ans et du fléau de la peste, elle joint l’équipe des soignantes et cherche à soulager la misère des gens qui l’entourent. Après le décès de son père, en 1635, libre de toute responsabilité familiale, elle cherche comment servir et comment répondre à l’appel de Dieu dans sa vie.

Elle se demande où Dieu la conduit. Elle prend le temps de consulter, de prier, de s’informer, de discerner. Elle est enthousiaste à l’idée de servir en Nouvelle-France mais n’a pas de projet personnel. Elle cherche sa voie. Son engagement pour la mission de Ville-Marie s’est fait après un discernement sérieux. Elle ne part pas à l’aventure. Ses directeurs spirituels hésitent avant de lui donner le feu vert. Jeanne à ce moment-là est d’une santé fragile. Personne ne veut la laisser partir si elle doit être un poids pour la colonie naissante.

Dans ce contexte de discernement, sa mission lui est donnée par Madame de Bullion qui souhaite contribuer à la fondation d’un hôpital à Ville-Marie avec pour seule condition que sa contribution reste anonyme. Jeanne Mance fera donc partie de l’équipe fondatrice de Ville-Marie. Son rôle : fonder un hôpital et seconder Maisonneuve dans la direction de la colonie.  

SES QUALITÉS DE RASSEMBLEUSE

En 1641, lors de son départ pour la Nouvelle-France, Jeanne a 34 ans. Très tôt, elle démontre ses qualités de chef. À l’arrivée à Québec, son navire accoste le 8 août 1641, alors que celui de Maisonneuve n’arrive qu’en septembre. À l’arrivée de Jeanne Mance, les pressions sont grandes pour que soit abandonné le projet de se rendre à Ville-Marie. Les colons qui l’accompagnent sont un peu découragés et commencent à regretter leur pays. Dès les premiers jours de son arrivée, Jeanne Mance prend le leadership du groupe et démontre ses qualités de rassembleuse. Elle agit avec persévérance, centrée sur l’objectif du groupe, en toute fidélité à la mission confiée. Elle encourage, stimule, donne des directives, de telle sorte qu’à l’arrivée de Maisonneuve, un mois plus tard, il trouve un groupe organisé, engagé déjà dans les préparatifs en vue de passer l’hiver à Québec, construction d’un magasin et des premiers logements pour les colons.   

JEANNE MANCE NE FAISAIT PAS DE DISTINCTION PARMI LES PERSONNES QU’ELLE ACCUEILLAIT À L’HÔPITAL, RICHES OU PAUVRES, AMIS OU ENNEMIS, FRANÇAIS OU AMÉRINDIENS, HOMMES OU FEMMES.

UNE LAÏQUE ENGAGÉE

Jeanne Mance, laïque engagée au service des autres, a laissé son pays natal pour venir en Nouvelle-France entreprendre la fondation d’une ville et d’un hôpital. Cet hôpital, elle l’a fondé pour soigner les colons et les Amérindiens. Jeanne Mance ne faisait pas de distinction parmi les personnes qu’elle accueillait à l’hôpital, riches ou pauvres, amis ou ennemis, Français ou Amérindiens, hommes ou femmes. Elle voulait répondre aux besoins de ceux et celles qui se présentaient à elle. Elle avait un rêve, elle avait une mission, servir les autres. Ce rêve et cette mission elle l’a partagée avec les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, arrivées en Nouvelle-France en 1659 et qui, peu après le décès de Jeanne Mance, assumeront l’administration de l’Hôtel-Dieu. 

Façade Sud de l’Hôtel-Dieu de Montréal, avec la statue de Jeanne Mance.

AUJOURD’HUI, TANT LES BESOINS, LES SITUATIONS QUE LES MOYENS SONT DIFFÉRENTS. POURTANT JEANNE MANCE PEUT TOUJOURS INSPIRER
Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, comme Jeanne Mance, 

entendent les cris de notre monde, ceux des jeunes, des malades, des réfugiés, des Amérindiens, des laissés pour compte, qui entendent leurs cris et y répondent avec ardeur et créativité.

Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, comme Jeanne Mance, 

sont capables de collaboration, capables de partager leur leadership avec d’autres sans se sentir en situation d’infériorité et en donnant leur plein potentiel, des femmes et des hommes capables de mener à bien des entreprises courageuses, que ce soit en affaires, en politique, en services communautaires et ce en vue du  bien commun.

Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, comme Jeanne Mance, 

sont capables d’administrer de l’argent pour le bien de la collectivité, prenant des risques, tout en poursuivant les objectifs de la mission. Jeanne Mance a su utiliser pour la colonie l’argent confié pour la fondation de l’hôpital malgré les critiques auxquelles elle a dû faire face. Sa droiture et son engagement lui ont permis de discerner les gestes à poser et ainsi sauver la colonie.

Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, comme Jeanne Mance, 

sont capables d’ouverture aux autres peu importe leur langue, leur couleur, leur religion. Jeanne Mance soignait quiconque se présentait à l’hôpital, les Français comme les Amérindiens. Elle a été la marraine des petits Français comme des petits Amérindiens. Jeanne Mance savait converser avec les grands, telle Madame de Bullion, comme avec les personnes ordinaires, l’ensemble des gens de la colonie. Elle était l’amie de Marguerite Bourgeoys et de Maisonneuve mais restait proche des familles des colons de Ville-Marie.

Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, comme Jeanne Mance, 

s’engagent dans leur mission avec compétence et jusqu'au bout. La mission qui lui avait été confiée était de fonder un hôpital dans une colonie encore inexistante. Jeanne Mance s’est engagée et elle a été fidèle à cette mission jusqu’au bout, malgré les nombreux obstacles rencontrés.  

Nous avons encore besoin de femmes et d’hommes qui, 

au nom de leur foi en Dieu, s’engagent aujourd’hui auprès de leurs frères et sœurs qui souffrent en raison de la violence qui sévit sous toutes sortes de formes dans nos sociétés contemporaines.

À l’exemple de Jeanne Mance,
sachons dire oui aux appels de notre monde
du vingt et unième siècle.

vol. 122, no 2 • Juin 2017

Chemins franciscains propose un nouvel art de vie inspiré de Claire et de François d’Assise au cœur des défis actuels de la famille humaine.

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