Dieu créa le Monde
DANS TON IMMENSE TENDRESSE[1]

« L’évêque n’est-il pas un père pour tous ses diocésains, et quel est le père qui, lorsqu’il va visiter ses enfants, ne se fait pas un devoir et un bonheur de les combler de biens, et de leur prodiguer les marques les plus efficaces de sa tendresse et de son amour ? » 

Bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, 4e évêque de Saint-Hyacinthe, 1er mars 1876 

Dieu créa le Monde
[1] Ce texte a d’abord été publié dans Lettre pastorale le 28 février 2021  de l’Infolettre du Diocèse de Saint-Hyacinthe.

Chers frères et sœurs bien-aimés,

Depuis un an, avec l’apparition de la COVID-19, le monde traverse un temps d’épreuve qui se révèle de plus en plus lourd à supporter, douloureux et exigeant. Avec les confinements et le couvre-feu imposés, nous ne pouvons plus vivre comme nous le souhaiterions. La fatigue se fait ressentir davantage. La solitude, l’anxiété et l’inquiétude du lendemain usent bien des coeurs. Nous aimerions pouvoir nous embrasser, nous serrer dans les bras, manifester notre amitié les uns envers les autres, nous donner la main, être ensemble tout simplement, se retrouver au lieu habituel de travail avec nos collègues, partager un repas, vivre des moments de détente et de loisirs, etc. Mais tout cela n’est pas encore possible en ce moment.

En plus des mesures sanitaires préventives – port du masque, distanciation, lavage des mains – diverses recherches scientifiques semblent porter des fruits en vue de soigner les malades et d’atténuer, peu à peu, nous le désirons toutes et tous ardemment, les risques de transmission du virus. 

Hélas, de nombreux défis et enjeux de société s’y relient : faillites de commerce, pertes d’emploi et chômage, séparations et divorces en hausse, violences intrafamiliales, suicides, découragement, inquiétudes pour les jeunes et les étudiants par rapport à leur avenir, répartition équitable des vaccins entre tous les pays, etc. Tout cela ne se résoudra pas instantanément.

Cependant, comme je vous y invitais dans ma lettre pastorale En temps de crise, osons l’espérance (1er mai 2020), c’est dans cet esprit que je vous écris aujourd’hui afin de vous manifester ma proximité et ma solidarité avec vous en ce moment difficile que nous traversons.

MA DEVISE

Vous vous souvenez probablement qu’à la suite de mon élection comme évêque de Saint-Hyacinthe en la solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin 2017, j’ai choisi une devise épiscopale qui s’énonce : Dans Ton immense Tendresse. J’ai choisi également de demander à notre bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, 4e évêque de notre diocèse, de m’accompagner et de m’inspirer dans mon ministère épiscopal auprès de vous, lui qui a été si proche de ses diocésaines et diocésains, particulièrement les plus souffrants et blessés par la vie. 

Le mot clé de ma devise est : « tendresse ». Je tiens à vous partager combien, durant les vingt-deux années de mon service presbytéral, le mot « tendresse » me dynamisait et colorait tant mes actions que mes prises de parole. Devenu votre frère évêque depuis trois années et demie, je désire poursuivre mon service, chaque jour, dans ce même esprit de tendresse. En effet, pour ma part, la tendresse est une clé d’or essentielle de la vie qui humanise et divinise nos relations quotidiennes autant que nos moments d’intimité et de fraternité. 

À trente-quatre reprises [1], nous lisons le mot tendresse dans la Bible. Ma devise épiscopale prend racine dans l’Ancien Testament et trouve ses ailes dans le Nouveau Testament, en particulier dans le fameux Hymne à l’amour de saint Paul aux Corinthiens. 

Ma devise reçoit un solide appui dans l’exemple et l’enseignement de notre pape François qui, dès la messe inaugurale de son pontificat, le 19 mars 2013, a fait de la tendresse et de l’humilité l’étendard de son pontificat. Depuis, à plusieurs reprises, il nous invite à une « révolution de la tendresse ».

[1] Source : Concordance de la Bible de Jérusalem.

LES RACINES (Ne 9, 19) 

Le libellé de ma devise épiscopale Dans Ton immense Tendresse provient du livre du prophète Néhémie, chapitre 9, verset 19. Les quinze premiers versets de ce chapitre relatent les hauts faits que Dieu, dans sa bonté, a accomplis pour son Peuple. Puis, les trois versets suivants, les versets 16 à 18, décrivent l’ingratitude du Peuple à l’égard de Dieu : désobéissance, révolte, idolâtrie… C’est là que le verset 19 vient recadrer la relation entre Dieu et son Peuple : « même alors, dans ton immense tendresse, tu ne les as pas abandonnés dans le désert ». Les dix-huit versets suivants du chapitre 9 racontent les égarements répétitifs du Peuple et l’admirable constance de l’immense tendresse de Dieu. 

Dans ce verset 19, je discerne un condensé de l’incroyable relation d’amour entre Dieu et nous, son Peuple, devenu plus tard son Église. Ce qui est vrai pour les égarements du Peuple au désert l’est tout autant pour nos égarements aujourd’hui. 

En cette période diffuse de malcroyance et d’incroyance, où certaines et certains d’entre nous pourraient parfois être enclins à croire en leurs doutes et à douter de leur foi, une certitude demeure et transcende notre passé, notre présent et notre avenir : l’immense tendresse de Dieu pour nous. 

Notre histoire, c’est l’histoire de l’Amour de Dieu pour la famille humaine, donc pour chacune et chacun de nous. C’est une histoire sainte. Ma devise braque davantage les projecteurs sur la fidélité de Dieu dans l’histoire que sur nos égarements passés, actuels ou futurs. 

C’est pourquoi, je porte la conviction profonde, au plus intime de mon cœur que Dieu amour et tendresse marche avec nous en ces temps troubles que nous vivons et cela malgré cette crise sanitaire mondiale et ses multiples conséquences économiques, politiques, sociales, environnementales, ecclésiales, humaines, mentales… 

« Le libellé de ma devise épiscopale Dans Ton immense Tendresse provient du livre du prophète Néhémie, chapitre 9, verset 19. » 
LES AILES (1 Cor 13)

L’Hymne à l’amour de saint Paul me soutient dans ma vie d’homme, de prêtre et maintenant d’évêque. 

Dans certaines traductions de la Bible, le mot « amour » est remplacé par celui de « charité ». Aujourd’hui, je vous propose l’expérience de substituer ces deux mots par celui de « tendresse » qui est une façon de manifester son amour ou d’exprimer sa charité. 

Oui, la tendresse est patiente, elle n’est pas envieuse, elle trouve sa joie dans ce qui est vrai, elle pardonne tout et ne cherche pas son intérêt. Sans tendresse, notre coeur résonne comme une cymbale qui retentit. 

La tendresse prend son origine dans notre coeur, dans notre être profond d’où jaillissent la générosité, le sourire, le silence, l’écoute et la parole. Entre nous, la tendresse circule souvent incognito : elle se dissimule dans de discrets services rendus, des paroles bienveillantes et encourageantes, des silences respectueux, des oreilles disposées à l’écoute active. La tendresse est chuchotement. 

Essentiellement synergique, la tendresse naît de l’ouverture du coeur qui se fait dialogue et accueil de l’autre dans le respect. Elle est une fabuleuse porte qui donne accès aux trésors insoupçonnés de l’être. Elle prépare et invite à la communion réciproque. 

La tendresse me remplit de reconnaissance, me préserve de jugements et m’incite au pardon. Elle est joyeuse et vraie. «Le libellé de ma devise épiscopale Dans Ton immense Tendresse provient du livre du prophète Néhémie, chapitre 9, verset 19. » 

Elle puise dans mon ingéniosité et ma créativité pour m’inspirer des pensées, des paroles et des gestes pétris de la tendresse même de Dieu. La tendresse me permet d’entendre battre le coeur de Dieu dans le coeur de l’autre. N’est-ce pas ainsi que Dieu nous parle dans le quotidien de notre vie ? 

Pensons-y : nous aurions beau parler toutes les langues de la terre, décrocher d’impressionnants diplômes, réussir en affaires, s’il nous manque l’amour, la charité, la tendresse, cela ne nous sert à rien. Les trois s’entrelacent et nous enracinent en Dieu, source de la Vie. 

UN SOLIDE APPUI

Le pape François discerne deux éléments constitutifs d’une « théologie de la tendresse » : « La beauté de nous sentir aimés de Dieu et la beauté de sentir que nous aimons au nom de Dieu. » [2]

Pour le Pape, l’amour de Dieu n’est pas abstrait et « la tendresse, loin d’être réduite au sentimentalisme, est la première étape pour surmonter le repli sur soi, sortir de l’égoïsme qui porte atteinte à la liberté humaine ». Dans sa pensée, la tendresse donne « de la saveur à nos vies ». 

Il ne faut pas sous-estimer la puissance de la tendresse ! Dans son tweet du 29 janvier 2019, le pape François écrit : « La douceur et la tendresse : ces vertus humaines semblent petites, mais elles sont capables de surmonter les conflits les plus difficiles ». Combien de conflits latents, laissés en suspens, pourraient se résoudre dans nos vies quotidiennes en adoptant humblement cette attitude évangélique ? 

« La tendresse est le chemin à suivre pour les femmes et les hommes les plus forts et les plus courageux. » 

(Pape François) 

Plus récemment, le 13 octobre 2020, le Pape soulignait combien « La tendresse, c’est l’amour qui se fait proche et se concrétise. C’est un mouvement qui part du coeur et arrive aux yeux, aux oreilles, aux mains. La tendresse est le chemin à suivre par les femmes et les hommes les plus forts et les plus courageux. » 

[2] Congrès « La théologie de la tendresse chez le pape François », 13 septembre 2018 .

L’ENVOLÉE

Chers frères et soeurs bien-aimés, en ce temps de crise sanitaire mondiale, n’ayons pas peur! La tendresse, fine pointe de la charité et de l’amour, nous aide à vivre une foi éclairée, brûlante d’amour et d’espérance. Ouvrons grandes les portes de notre coeur au Seigneur notre Dieu! Laissons l’amour divin toucher notre coeur et inspirer notre vie de chaque jour. À l’invitation de Jésus en saint Matthieu 5, 13-14, soyons sel de la terre et lumière au coeur du monde et de notre quotidien. Soyons des témoins audacieux de cette espérance et de cette tendresse divine sans mesure (Ps 118, 156) qui nous habitent ! 

Icône « Saint Joseph, père exemplaire » - Gracieuseté : Cisterciens de Rougemont

En cette année dédiée à saint Joseph qui a su être l'époux aimant de la bienheureuse Vierge Marie et le protecteur de Jésus, demandons-lui son assistance pour nous conduire sur le chemin de la vie avec miséricorde, compassion et courage. Que notre bienheureux frère évêque Louis- Zéphirin Moreau nous soutienne et nous guide dans notre mission de baptisés, missionnaires de la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité, ici et maintenant. 

vol. 126, no 1 • mars 2021

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