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OSER L’ESPÉRANCE
en temps de crise...

« Oser », le mot dit déjà l’élan, le sursaut de vie pour faire face à ce qui l’étouffe, cette pandémie sans visage. « Oser » pour soi et pour l’autre, puiser dans sa foi qui est inséparable de la charité et de l’espérance dans son action. L’antidote est là. Notre visage joyeux illumine et nous tient en état de veille, pour mieux aimer nos frères et sœurs souffrants.

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« Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous; mais faites-le avec douceur et respect. »
(1P3,15-16a)

NOTE : Monseigneur Chistian Rodembourg, évêque de St-Hyacinthe a autorisé Chemins Franciscains à publier ce texte qui est en fait la lettre pastorale qu’il a publié en mai pour ses diocésains et diocésaines.  Nous l’en remercions très sincèrement et pour le texte et pour les photos.

DU JAMAIS VU

La situation est inusitée. Du jamais vu!  L’épreuve que nous traversons collectivement et qui tient toute la planète en haleine et en otage met à rude épreuve notre santé physique, mentale, spirituelle, sociale et financière.  Notre santé spirituelle est celle qui transcende toutes les autres.

Il faut prendre soin de nous!  Il nous faut aussi prendre soin les uns des autres!  Faisons preuve de vigilance. Ne laissons pas la peur, l’inquiétude, l’anxiété, l’ennui, la morosité, le défaitisme avoir le dernier mot. Ne perdons jamais, à l’avenir, le goût et le désir de nous retrouver, de nous rassembler, de socialiser ! Soyons des hommes et des femmes d’espérance pour notre grande et belle famille humaine.

UN TEST POUR NOTRE ESPÉRANCE

La vie est plus forte que la mort. L’espérance est plus forte que le désespoir.

Le virus que nous combattons actuellement donne toute leur pertinence à ces grandes et belles vérités de notre foi. Alors même que certaines et certains d’entre nous passent des tests pour la Covid-19, la Covid-19, elle, teste notre espérance !

La liste de nos raisons de désespérer est longue : guerre, violence dans les familles, faim, pauvreté, migration, environnement, réchauffement climatique, disparitions d’enfant, fusillades dans les rues et les écoles, maladies incurables, virus, compétition dans le monde des affaires, stress, crise de la fidélité, divorce, angoisse existentielle, armement, construction de murs, perte de sens et de valeurs, évasion dans les sectes de tout acabit, alcool, drogues, etc.

 

Nous pourrions nous y complaire et en faire une thérapie de défoulement collectif.  Cela pourrait même nous faire du bien !  « Ça ferait sortir le méchant! » comme on dit si joliment au Québec.

Pour nous « rassurer » quelque peu, relisons cette phrase d’un prêtre égyptien prononcée 2000 ans avant Jésus-Christ : Notre monde atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être très loin.

 

C’est rassurant, non? Nous sommes quand même 4020 ans plus tard avec plus de sept milliards d’habitants sur la planète ! Le monde existe encore !

 

Le pire serait que, un peu comme la grenouille dans l’eau chaude, nous nous habituions graduellement aux blessures et cicatrices de notre vivre-ensemble et de notre avenir collectif. Cela ne demeure pas sans impacts sur l’Église, car elle vit dans le monde de ce temps.

RENDONS COMPTE DE NOTRE ESPÉRANCE

Alors que nous traversons en cette année 2020 une épreuve internationale en regard de la pandémie de Covid-19, j’aime relire ces mots de saint Pierre :

 

Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. (1P3,15-16a)

LE MONDE EST EN FEU !

Afin de consoler d’éventuels cœurs attristés par la situation de notre humanité et de l’Église, il me plaît de citer une femme exceptionnelle, docteur de l’Église, qui marqua son époque, sainte Thérèse d’Avila. Il y a cinq siècles, elle disait à ses sœurs du Carmel :

Le monde est en feu! Et on veut, pour ainsi dire, condamner à nouveau le Christ. On dresse contre lui mille faux témoignages, on veut détruire son Église (…) Les temps ne sont pas à traiter avec Dieu d’affaires de peu d’importance. » (Le chemin de la perfection, 1,5)

D’une certaine manière, je me sens « rassuré » … Le monde est depuis des siècles, encore et toujours en feu…

«ANCRONS» NOTRE ESPÉRANCE

Portons ensemble un regard, à la fois lucide, réaliste et plein d’espérance, sur l’état de notre Église et du monde d’aujourd’hui pour pouvoir y « ancrer » cette espérance qui nous habite.

 

En iconographie, l’espérance est souvent symbolisée par une ancre. C’est l’espérance dans la résurrection, dans la vie éternelle, qui nous assure que nous ne serons pas emportés ou perdus en vain. 

 

L’espérance est comme une ancre dans notre âme. Cela vaut autant pour chacune et chacun de nous comme personne que pour le NOUS que nous formons comme peuple de Dieu en marche, au cœur du monde.

L’ESPÉRANCE REDONNE LE SOURIRE !

L’espérance redonne le sourire! Les personnes qui se détachent de Dieu perdent le sourire, même si elles sont capables d’éclats de rire, mais seule l’espérance redonne le sourire.  (Pape François, 7 décembre 2016) 

 

Citant Péguy décrivant l’espérance comme la plus humble des vertus, le pape François précise que l’espérance porte en avant, mais toujours avec le passé et le courage. La mémoire, c’est le courage du présent et l’espérance du futur… qui n’est pas la même chose que l’optimisme.  (Pape François, Politique et société, p. 111-112  ) 

TROIS INSÉPARABLES

Les trois vertus de foi, d’espérance et de charité, à la fois mystiques et pratiques, ont fondamentalement quelque chose de joyeux et d’exubérant, un petit quelque chose de « déraisonnable ».

 

La charité signifie pardonner ce qui est impardonnable ou alors ce n’est pas une vertu du tout. L’espérance signifie espérer quand les choses sont sans espoir, ou ce n’est pas une vertu du tout. Et la foi signifie croire l’incroyable, sinon elle n’est pas une vertu du tout.

 

Dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, les paroisses catholiques de Granby se sont définies comme une communauté joyeuse au cœur de la ville. J’aime beaucoup cette expression de joie au cœur de la ville car notre humanité en manque cruellement.

 

Depuis très jeune, je porte cette conviction qui m’habite profondément : au cœur de la ville, vivons enracinés dans le cœur de Dieu ! De cette dynamique de l’espérance et de la joie naît la vie ! Que le Dieu de l'espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance du Saint-Esprit ! » (Rm15,13)

QUEL VISAGE OFFRONS-NOUS ?

Quel visage offrons-nous au monde d’aujourd’hui ? En ce temps de crise sanitaire, répondons-nous - tout en respectant les normes requises pour un bien vivre ensemble - aux appels de l’Esprit pour une présence signifiante des chrétiens au cœur de notre humanité ? Portons-nous ce souci de l’importante mission d’évangélisation, d’accueil, de soutien, de relèvement des cœurs blessés et des familles meurtries qui nous sont confiées ?

 

Notre foi, notre espérance et notre charité sont indissociables ! Ces trois vertus forment notre identité spécifique comme Église dans le monde, notre « marque de commerce » si j’ose dire. Notre foi nous fonde. Notre espérance nous anime. Notre amour nous fait vivre. L’espérance ne déçoit pas. L’optimisme peut décevoir mais pas l’espérance car l’espérance est enracinée en Dieu. Notre espérance étonne le monde !

L’ACÉDIE

Savez-vous ce qu’est l’acédie ? Suzanne Giuseppi Testut la décrit ainsi : L’acédie se manifeste par une perte du goût de la vie, un état d’aversion et de dégoût, de lassitude et d’abattement, de découragement, de nonchalance, de somnolence pouvant aller jusqu’à la pesanteur du corps et de l’âme [1].

 

Saint François d’Assise a connu, lui aussi, la lourdeur du cœur à laquelle s’ajoute l’épreuve de la foi. Pour combattre cette passion, saint François d’Assise fera l’éloge de l’allégresse spirituelle :

Bienheureux ce religieux qui n’a de plaisir et d’allégresse que dans les très saintes paroles et œuvres du Seigneur et qui, par elles, conduit les hommes à l’amour de Dieu avec joie et allégresse [2].

 

Au fil des ans, on perd parfois l’espérance. Cela risque de nous jeter alors dans les bras de l’acédie et progressivement du désespoir.

 

[1] Suzanne Giuseppi Testut, Les mouvements intérieurs de l’âme. Passions et vertus selon saint François d’Assise, Nouvelle Cité, 2011, p.181

[2] Admonition XX, 1-2 Du religieux joyeux dans le Seigneur.

LES ENNEMIS DE L’ESPÉRANCE

L’espérance a ses ennemis qui corrompent la vie de l’intérieur un peu comme la rouille qui attaque et ronge le métal. Avoir une âme vide est le pire obstacle à l’espérance. Dieu nous a créés pour la joie et l’espérance, non pour nous complaire dans des pensées mélancoliques.

 

Alors que nous traversons une époque où tant de soucis nous assaillent et où l’Église ressemble à une barque s’enfonçant dans les eaux houleuses et tanguant dans la tempête de l’humanité, accueillons la question de Jésus posée aux disciples : Où est votre foi ? » (Lc8,22-25)

UNE « VEILLE VIGILANTE »

Les horizons de notre vie et du monde actuel ne sont pas fermés hermétiquement.  En les scrutant en « veille vigilante [1] », comme le suggère le pape François, surgissent de petites pousses annonciatrices du printemps. Cette « veille vigilante » exige une conversion du regard et du cœur.

 

Même si on réussissait à mettre toutes ensemble nos raisons de désespérer dans le même plateau d’une balance, elles ne suffiraient pas à faire pencher celle-ci de leur côté. La raison en est simple : ce ne sont pas à elles que les chrétiens accordent de la valeur ! Nous sommes des hommes et des femmes qui s’émerveillent d’exister, de créer, de vivre en coparticipants au projet de Dieu, amour et tendresse.

 

[1] Pape François, 27 octobre 2015.

LE SEMEUR EST SORTI POUR SEMER

Un jour, Jésus envoya les apôtres porter la Bonne Nouvelle à toutes les nations. C’est à nous maintenant que Jésus confie cette mission. Le semeur est sorti pour semer. Où sème-t-il si ce n’est sur tout type de sol où il y a des roches, des mauvaises herbes, des ronces, des petits cailloux, de la bonne terre. Le monde actuel est un vaste champ qui doit être défriché tout comme il y a des siècles, les moines défrichaient les forêts pour construire leur monastère. Ainsi en est-il de notre humanité: un grand champ à cultiver et à moissonner!

 

Disciples-missionnaires du Christ, ensemble, annonçons avec espérance au monde d’aujourd’hui la Bonne Nouvelle du salut, de l’amour miséricordieux de Dieu, du Royaume des cieux que le Christ est venu annoncer. Accueillons la présence dynamisante de l’Esprit qui nous est promis jusqu’à la fin des temps. 

 

L’Esprit Saint est garant de la jeunesse éternelle de l’Église. Par la fréquentation des sacrements, nous participons d’ores et déjà à cette vie éternelle que nous espérons. L’Évangile ne prêche qu’espérance et confiance !

 

Nos attitudes de disciples-missionnaires nous permettent de vivre dans la dignité, dans la joie et l’espérance, chaque jour qui nous est donné pour étendre le Règne du Christ en attendant sa venue définitive.

L’ESPÉRANCE, C’EST NOTRE TÂCHE

On s’entend, c’est bien la venue définitive du Christ qui nous motive, nous stimule, nous mobilise jusqu’à notre dernier souffle. L’espérance, c’est notre tâche, peut-être la plus urgente en ce monde aux horizons plutôt plafonnés, pour ne pas dire bouchés. Car nous le constatons, le monde vit un déficit d’espérance.

L’ANTIDOTE À LA DÉSESPÉRANCE

À ce propos, j’aime retourner au chemin d’Emmaüs, à la pédagogie de Jésus qui s’y révèle, verset après verset. C’est l’antidote de la désespérance! À Pâques, nous célébrons cette victoire de la vie sur la mort : Christ est ressuscité. Il est vivant.


Si l’espoir s’appuie plus ou moins sur le tempérament optimiste et les grandes capacités d’une personne, l’espérance, elle, est théologale.

 

Notre foi repose sur le dessein d’Amour du Père qui donne son Fils et son Esprit : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique et cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance. Accueillons-nous vraiment le souffle de vie, ce souffle de tendresse, ce souffle d’espérance dans notre cœur ?

UNE ESPÉRANCE JOYEUSE

Enfin l’espérance, même au cœur des difficultés quotidiennes, des enjeux de société, de vie de couple et de famille et des souffrances inhérentes à toute vie humaine, demeure joyeuse, car elle s’appuie sur la foi en l’Amour du Père, du Fils et de l’Esprit pour notre monde et chaque personne. 

 

L’espérance est génératrice de joie, d’une joie profonde, puissante, étonnante, immense. L’espérance débouchera un jour sur la vie qui ne finit pas. C’est notre foi !  

« NUL N’EST TROP LOIN POUR DIEU » [1]

Et, n’oublions jamais qu’annoncer la Bonne Nouvelle, c’est dire à nos frères et sœurs en humanité : Toi aussi, tu es aimé de Dieu en Jésus Christ ! 

 

En ce mois de Mai, confions notre Église diocésaine et nos frères et sœurs en humanité au Cœur immaculé de Marie, patron principale de notre Diocèse ainsi qu’à mon prédécesseur, le bienheureux Louis-Zéphirin Moreau.

 

Saint-Hyacinthe, en ce 1er mai 2020, saint Joseph, travailleur.

vol. 125, no 1 • juin 2020

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