GENS QUI INSPIRENT

UNE MOHAWK AU COUVENT

LISE PERRAS, CND

Le chemin de Marie-Laure Simon à travers ses 90 ans est source de fierté. Elle appartient à la nation Mohawk, grandit dans la foi chrétienne, choisit de devenir éducatrice au sein de la Congrégation Notre-Dame. La sérénité l’habite, elle rayonne de tous les bonheurs qu’elle a semés.

« Il ne faut pas s’en faire : sauvage, ça veut dire en harmonie avec la terre. »

Marie-Laure Simon  appartient à la nation Mohawk, et elle en est très fière. Elle a grandi à Oka, dans une famille de douze enfants où elle occupe le septième rang. Tout laisse croire que ses six frères et cinq sœurs avaient développé une solide complicité. « Nous n’étions pas riches, mais nous étions bien ensemble », ce qui semble avoir adouci les injures et les procédés d’intimidation venant parfois de l’entourage. Elle avoue avoir eu honte d’être autochtone pendant son enfance parce qu’on prenait ces gens pour des méchants. Leur père qui était un homme doux rappelait à ses enfants : « Il ne faut pas s’en faire : sauvage, ça veut dire en harmonie avec la terre ». Ce père plein de tendresse racontait des légendes amérindiennes à ses enfants pendant les soirées, permettant ainsi à la mère de vaquer aux occupations de la maison tout en y ajoutant son grain de sel.

 

Après avoir fréquenté l’école primaire du rang, Marie-Laure demande d’aller étudier à Saint-Eustache où elle est pensionnaire chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Elle poursuit ensuite ses études à l’École normale où elle termine un brevet  complémentaire et s’engage comme « maîtresse d’école ». Elle avait certainement du talent pour l’enseignement puisque l’inspecteur lui décerne la prime des enseignantes de la région.

DONNER SA VIE À DIEU

Désormais convaincue qu’elle aimait l’enseignement, impressionnée par l’importance de l’Année Sainte et désireuse de donner sa vie à Dieu, Marie-Laure  entre au postulat de la Congrégation de Notre-Dame en 1950. Sa carrière d’enseignante se prolonge auprès des jeunes de 7e année pendant une vingtaine d’années. Signe de confiance, on lui offre un perfectionnement comme orthopédagogue, frais assumés moitié/moitié par l’Université de Montréal et la Commission scolaire. Elle est alors engagée comme orthopédagogue pendant une vingtaine d’années. Parallèlement à sa formation de pédagogue, elle s’impose un ressourcement en liturgie, ce qui explique son engagement ininterrompu en paroisse.

Source : Wikipédia

LA CRISE D’OKA

Voilà qu’en juillet 1990 éclate la crise d’Oka. À ce moment, Marie-Laure était sur les lieux pour prendre soin de sa mère. Par hasard, un Amérindien découvre un plan secret que le maire avait présenté au gouvernement provincial qui en avait autorisé la teneur, et qui consistait à s’emparer des terres appartenant aux Mohawks pour agrandir le terrain de golf et pour réaliser un projet immobilier de luxe. Marie-Laure n’aime pas ce climat tendu qui donne lieu à beaucoup de violence. Elle est cependant d’accord avec le soulèvement et chaque soir, avec les siens, elle se rend aux barricades en signe d’appui. Finalement, l’intervention des Forces Armées Canadiennes met fin au conflit en septembre : le projet d’agrandissement du terrain de golf est annulé et le gouvernement achète les terres pour la construction de condos. Marie-Laure considère l’événement comme regrettable parce qu’il a envenimé davantage les relations avec les allochtones.

POUR UNE AUTRE ÉTAPE

De cette pénible situation, nait le WAMPUM, en janvier 1994, un carrefour de rencontre des nations autochtones et allochtones du Québec à Montréal. Marie-Laure en devient rapidement responsable. A-t-elle souffert de son identité mohawk en communauté ?  Elle répond : « Non! On m’a toujours respectée. Pendant mes années d’enseignement, ma culture amérindienne n’était pas mise de l’avant, mais je n’ai jamais abandonné ma culture : je priais comme les Amérindiens, je réfléchissais comme eux ». Elle affirme même avoir été l’objet de délicatesses traduisant de la considération pour sa différence. Quand on lui demande de procéder au rite de l’encens dans une cérémonie officielle,  elle en est touchée y décelant un égard pour sa culture.

 

Parvenue à 90 ans, Marie-Laure s’est dite prête pour une autre étape : quitter sa résidence, confier à d’autres ses responsabilités à la paroisse  et à Wampum… « Je suis rendue là ! » affirmait-elle bien sereinement avec un large sourire. Elle vit maintenant dans une résidence avec des compagnes de son âge où elle rayonne de tous les bonheurs qu’elle a semés au long de son parcours.

 

Merci chère Marie-Laure, notre sauvagesse unique !

vol. 124, no 3 • Décembre 2019

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