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GENS QUI INSPIRENT

À MON AMI PIERRE VIAU, ofm cap

GABRIEL LESCURE, MEMBRE DU GROUPE D-CLICK

Il est difficile de perdre un mentor que la maladie emporte alors que l’on a grandi et s’est formé sous son influence. Celui qui apparaissait invincible n’est plus. Son départ rappelle tous les évènements qui en font la personne qui inspire.

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« Tu as consacré toute ta vie au bien-être des autres, tu n’as jamais réellement pris ta retraite. »

Pierre, tu es disparu aussi soudainement que tu étais apparu dans nos vies, il y a 3 ans de cela. Toi qui, malgré tes 70 ans passés, était débordant d’énergie et semblait invincible… Plusieurs tombaient de fatigue juste à te voir courir partout. Toujours impliqué dans un tas de nouveaux projets, tu n’arrêtais pas. 

 

Au fil d’une discussion, Yannick nous avait mentionné ton nom et la première fois qu’on s’est rencontré, tu nous as proposé de faire des conférences à travers tout le Québec. Tu nous as fait confiance dès le début, à nous, un groupe de jeunes inexpérimentés. Et ce n’était pas des paroles en l’air…

 

Quelques semaines plus tard, première conférence devant plus de 50 personnes venues nous entendre; puis on est allé à Sherbrooke, Québec, Baie-Saint-Paul … Ces conférences nous ont permis d’avoir des liens avec des personnes âgées du Québec, d’entendre des histoires et des faits méconnus de tous, de comprendre leurs points de vue, ce qu’elles ressentent, comment elles voient la vie etc… Nos grands-parents à nous, étant pour la plupart demeurés au pays, la transmission de leur sagesse nous a manqué et nous le reconnaissons.

 

Après ces conférences, tu es resté auprès de nous, comme formateur puis comme administrateur de notre groupe Déclic composé de jeunes musiciens. Tu étais une personne unique, directe et franche qui n’avait pas la langue dans sa poche, toujours prêt à lancer des piques pour faire rire ou pour faire ressortir une vérité gênante. Tu avais toujours les bons mots. Quand j’ai su que tu étais religieux, j’ai été surpris car je m’étais fait une idée autre de ces personnes-là. Par ta personnalité, tu en déstabilisais plus d’un et même chez tes consœurs et tes confrères.


On riait ensemble quand tu blaguais sur mon choix d’études et avec toi on ne s’ennuyait jamais. Tu avais le don de qualifier certaines choses de « plates », (un mot que tu répétais souvent) et que tu appliquais parfois aux conseils d’administration que tu aurais voulu captivants et intéressants. 

 

Tu as consacré toute ta vie au bien-être des autres, tu n’as jamais réellement pris ta retraite. Je ne sais dans combien d’associations tu étais impliqué. En écrivant ce texte, je me rends compte que j’en connais peu sur ta vie. Mais je sais que malgré le peu de temps qu’on a passé ensemble, tu étais quelqu’un de profondément bon et altruiste.

L’hiver dernier, lorsque nous avons appris que tu allais être opéré pour un cancer, j’étais persuadé que tu allais t’en sortir. À mes yeux, tu étais le roc de Gibraltar qui ne pouvait pas tomber maintenant. Mais affaibli par cette opération et retiré pour une longue convalescence dans une maison de repos, tu as été foudroyé par le coronavirus qui frappait à la porte de la résidence.  Le virus t’a emporté comme beaucoup d’autres avant toi et comme beaucoup d’autres le seront après toi.

 

En apprenant ta mort, j’ai eu mal au cœur pour la première fois depuis longtemps. J’étais triste et en colère; triste d’avoir perdu un guide, un mentor et en colère, parce que je savais et le Québec tout entier savait depuis longtemps que les CHSLD, les maisons de repos, les congrégations religieuses ont été abandonnés par le système. Toi qui as passé ta vie à veiller sur les autres, on te remercie.


Demain le Premier Ministre annoncera comme à chaque jour le nombre de décès et comme à chaque jour il affirmera que dans la plupart des cas, c’était des personnes vulnérables, comme pour justifier et excuser le fait qu’on vous a abandonnés, et comme si les jours, les semaines, les mois et les années qui vous restaient à vivre n’avaient pas de valeur. Non, vous êtes des hommes et des femmes à qui on doit beaucoup et demain lorsque Monsieur Legault présentera les statistiques, derrière un des numéros, il y aura ton nom : Pierre Viau.

Toute ma vie je me reprocherai de ne pas t’avoir dit au revoir, et toute ma vie j’en voudrai à ceux que le système de santé engraisse depuis des décennies et qui ont laissé se créer de véritables hécatombes dans les centres qui étaient censés vous protéger.


Je sais que le pardon était une valeur importante pour toi mais tu sais aussi que je suis rancunier…
 

Repose-toi bien là-haut, tu l’as amplement mérité.

 

Ton ami Gabriel

vol. 125 no 1 • Juin 2020

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