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AU CŒUR DES MOTS

AUTREMENT, DIEU

Le livre de Raphaël Buyse, Autrement, Dieu est un ouvrage qui se parcourt facilement, écrit dans un langage concret et poétique, mais qui provoque un choc existentiel, un ébranlement de nos certitudes sur Dieu.

Raphaël Buyse, Autrement, Dieu.

Bayard « J’y crois », Paris, 2019, 156 pages.

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« Le Dieu que je croyais connaître est devenu le Mystérieux, l’Inconnu, l’Insaisissable. C’est Lui qui vient vers nous à travers la vie, les évènements, les rencontres… »

Ce prêtre belge, à la fin de la cinquantaine, très engagé, actif et axé sur sa mission et les objectifs à réaliser, a fini par « oublier le bonheur simple de l’ici et maintenant » (p. 65).

LES PROJETS ÉTAIENT PREMIERS

« Je l’ai poursuivi en menant mille projets. L’un se terminant à peine qu’il en appelait un autre. Je me suis fatigué…  Ce n’était qu’une illusion. Comme un mirage.  …Je me suis pris au sérieux : ministre, médiateur, ecclésiastique. Et pour certains, chaman. Et dans les rangs d’honneur, j’ai estimé ma place » (p. 12-13).

 

« Il m’était bon d’être vicaire épiscopal, responsable, accompagnateur, conseilleur, fondateur…  Ces images gratifiantes me collaient à la peau. Buée, vaine gloire, elles nourrissaient l’ego : j’y ai renoncé » (p. 13).  C’est la prise de conscience : « vous n’êtes qu’un peu de brume, qui paraît un instant, puis disparaît ( Jc 4,14) ».

TOUT METTRE EN PAUSE

Devant le vide ressenti, le silence de Dieu qu’il n’entend plus, il fait le choix de tout mettre en pause et quitte pour une année qu’il va vivre dans le silence avec les moines bénédictins de l’Abbaye Saint André de Clerlande.

 

« Un chemin étrange s’est dessiné. Exaltant et dangereux. Stimulant et troublant. Malcommode, bienfaisant. Comme une épreuve et une grâce » (p.16-17).  « Mes évidences de prêtre hyperactif ont laissé place à quelques convictions reçues dans le vertige et la joie. Et dans les larmes aussi, il faut bien le dire : on ne renonce pas aux dogmes qui nous ont façonnés sans en souffrir un peu » (p. 19).

L’EXPÉRIENCE DU SILENCE

Il fait l’expérience du silence, « c’est Son silence qui est entré en moi. Effroyable silence. Comme une nuit profonde. Comme une absence. Un abandon » (p. 20).

Des jours et des semaines déchirantes qui ouvrent sur la question « où donc es-Tu? ». Et l’écho qui répond : « es-tu? » (p.21).

Dans cette rencontre, « Il m’a défait de moi. Le silence de Dieu a fait fondre mes certitudes comme neige au soleil » (p. 21).

 

C’est décapant ce chemin qui nous met en face de la vie, de l’existence pure que nous sommes. « Je ne sais plus, depuis ce temps, quoi dire de Dieu… Comme les enfants du peuple d’Israël, je me nourris depuis d’un qu’est-ce que c’est (« man-hou », la manne du désert, nourriture étrange et inconnue que le peuple trouvait au sol le matin pour le soutenir au long du jour) que je ramasse soigneusement jour après jour. J’habite désormais dans cette question sans fond » (p. 22).

 

« Déroute. Débâcle et désarroi ». C’est la découverte de la parole en soi qui se libère et s’exprime. « Le Dieu que je croyais connaître est devenu le Mystérieux, l’Inconnu, l’Insaisissable » (p. 23).

 

C’est Lui qui vient vers nous à travers la vie, et les évènements, les rencontres personnelles vécues, qui se laisse percevoir par le silence si difficile à habiter. Croire en Lui est synonyme de faire confiance, comme un enfant devant son père, comme une mère avec son enfant, comme un époux avec celle qu’il aime.

 

Il faut aller vers Lui à partir du cœur et de son jaillissement, plutôt qu’à partir des idées reçues et des savoirs savants qui deviennent comme des écrans opaques.

Nous sommes renvoyés à notre expérience humaine, à notre vécu, celui de nos relations et de notre existence au milieu d’un univers beau et bon. « Devenir humain », c’est sur ce chemin que Dieu nous rencontre, pas ailleurs. Tout est image et reflet de Lui.

DANS LA LENTEUR DES JOURS

L’auteur est marqué par les réflexions de Madeleine Delbrel à qui il fait référence abondamment. Et l’expérience des moines, leur façon de vivre dans l’esprit de la règle de St-Benoit devient son modèle d’être : « dans la lenteur des jours, d’une vie partagée, simple et sobre, ouvert, sans désir de maîtrise, accueillante au réel, portée par la méditation de la Parole et la prière, le service des plus fragiles et vulnérables, ils trouvent leur unité. Il n’y a pas de quête plus importante » (p.32-33).

 

Son expérience à Clerlande deviendra une boussole pour le chemin qui reste à parcourir (p. 43), ses racines profondes y sont enfouies, comme celles d’un lierre  (p. 44).

LES PROMESSES À VIVRE

Les promesses (chapitre III) à vivre se regroupent autour de 4 thèmes. ÊTRE LÀ (1) la présence ici et maintenant et savoir se tenir dans le silence pour se laisser rejoindre. OBÉIR À LA VIE (2) Dieu?  les autres?  Soi-même?  l’Église?  VIVRE SIMPLEMENT (3). Le dépouillement fait du bien. Consentir à la pauvreté qui vient, à la sobriété, simplifier notre vie. AIMER SANS DÉVORER (4), le célibat est l’objet d’un choix vécu dans la fidélité, mais non un renoncement à la tendresse, à l’amour, à l’accueil. Il est appelé à devenir source de fécondité.

 

Notre vie est une route sur laquelle nous marchons. Heureux sommes-nous, si nous sommes debout et que nous nous mettons en route.

En ce temps de pandémie et de confinement forcé dans notre lieu, nous sommes face au silence, face à soi, souvent à l’autre, privés de nos rituels du culte. Nous vivons une expérience de dépouillement, de déroute, apprenant l’abandon et développant l’accueil de l’inconnu. Et si cette expérience menait à sentir Dieu ?

vol. 125, no 1 • Juin 2020

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