QUI NOUS FERA VOIR LE BONHEUR?

STÉPHANIE BERNIER et JOHN SANCHEZ

Vouloir être reconnu et chercher à se démarquer. Aspirer à la grandeur et avoir peur. C'est une quête du bonheur qui est en marche chez les jeunes à la recherche d'une identité. Les choix sont si multiples et l'aide si rare pour faire le discernement.  L'interpellation aux adultes est là.
Deux agents de pastorale jeunesse du diocèse de Saint-Hyacinthe nous partagent leurs réflexions à partir de leur intervention.
Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas bien différents de ceux d’hier. Aux yeux de leurs pairs, de leurs parents, de leurs enseignants, ils veulent être reconnus et cherchent à se démarquer : « Je veux être extraordinaire, mais je ne sais comment l’être en restant moi-même ! Je veux être accepté, reconnu, aimé sans façade et sans conformisme! », déclare Vincent, 18 ans, avec une passion, proche du désespoir, dans la voix.
RÊVE DE GRANDEUR ET PEUR DE DÉCEVOIR

À l’adolescence, élevés dans l’ombre du rêve américain, la majorité des jeunes québécois rêvent d’être riches et célèbres. Ils cherchent l’amour absolu et espèrent bâtir une famille unie. Ils se promettent de faire ce qu’ils aiment, sans compromis. Ils rêvent de découvrir le monde, de le conquérir et d’y faire leur marque. À l’instar du jeune François d’Assise, la plupart font la fierté de leurs parents qui les aiment et les comblent de ce qu’il y a de mieux, à tous les égards.

Devant l’abondance des choix et des possibilités qui s’offrent à eux, beaucoup de jeunes développent une peur presque maladive d’échouer et de décevoir. Alors, devenant amorphes ou paralysés, certains choisissent de vivre leurs quêtes à travers les graphiques des jeux vidéo. D’autres cherchent la gloire sur YouTube ou la reconnaissance en s’exposant sur les réseaux sociaux. Les plus téméraires, pour leur part, se croyant indestructibles, se lancent, à la manière du jeune Augustin d’Hippone [1], dans une quête de sensations fortes, de liberté et de plaisir. Ils s’étourdissent dans le bruit, la surconsommation et les plaisirs éphémères pour ne pas affronter le vide intérieur qui les habite et qu’ils ne savent comment combler.  

Cependant, tôt ou tard, au moment d’intégrer le vrai monde, énormément de jeunes ont le souffle coupé et croient ne pas avoir ce qu’il faut pour y arriver. Devant la tyrannie de la performance et l’impératif bonheur, ils se retrouvent face à leurs limites et à l’absence de guides pour les accompagner dans leur quête d’identité et de sens.

 

[1] http://croire.la-croix.com/Definitions/Figures-spirituelles/Saint-Augustin-d-Hippone/Qui-etait-saint-Augustin

QUI NOUS FERA VOIR LE BONHEUR ?  (PS4,6)

Ayant appris que la foi et la religion ne sont pas nécessaires à la vie, pour plusieurs, cette voie ne fait pas partie des options à envisager pour affronter leurs questionnements. Parmi les jeunes de la minorité qui ont eu la chance d’entendre brièvement parler d’un Dieu, il n’y a pas de lien à faire entre sa volonté et leur propre quête de sens. Pourtant, tous, sans exception, se posent cette question : « Qui nous fera voir le bonheur ? »

Au moment de choisir ce qu’ils veulent faire et être pour le restant de leur vie, la plupart se sentent bien mal outillés pour parvenir à prendre les décisions qui leur garantiront la place qu’ils souhaitent avoir dans la société. Le monde dans lequel ils vivent leur offre une telle diversité de référents qui, apparemment, se valent tous. La relativité et le scepticisme ambiants les encouragent à choisir eux-mêmes ce qui les rendra heureux et féconds, sans leur donner les balises nécessaires pour parvenir à faire ce difficile discernement. À l’école, l’histoire leur a appris que les leaders politiques et religieux sont souvent trop malveillants pour qu’on puisse s’y fier et qu’aucune institution ne possède la notoriété suffisante pour les soutenir, sans risquer d’être floué.  De plus, souvent, leur propre histoire leur a appris que très peu de choses peuvent être considérées comme stables, que tout est sujet à changement, tant les liens familiaux que les traditions. Ils ont le sentiment de vivre dans un monde où tout semble bâti sur le sable (Mt 7, 21-27).  À qui peuvent-ils se fier pour orienter leur quête ? Quel est le roc sur lequel ils peuvent appuyer leur réflexion? Si tout se vaut, comment choisir ce qui sera le meilleur au bout du compte ? 

Ces réalités sont le lot des jeunes nés au Québec comme de ceux et celles qui ont immigré au cours de leur enfance. À la différence que les seconds sont souvent mieux outillés, mieux soutenus et mieux préparés à faire face à leur quête de sens parce qu’ils viennent de pays et de familles où les référents culturels et religieux sont encore solides et fiables. Bien qu’ils aient, comme leurs parents, à composer avec le deuil de la proximité de leurs proches, de leurs amis et de leur culture, ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur le noyau familial, sur la foi et sur la religion qui les ont vus grandir pour se définir et pour trouver un sens à ce qui les habite.

Finalement, ils ont besoin que l’Église continue de se dresser comme un phare, sur leur chemin, fidèle témoin de cette lumière qui attire et réchauffe le cœur. Un phare qui a pour fonction d’éclairer leurs réflexions par sa compréhension du monde et de l’humanité, peu importe la direction qu’ils choisiront d’emprunter.
ET NOUS, QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?

Ce qui est certain, c’est que pour tous les jeunes, les frontières de l’âge adulte demeurent l’un des moments les plus propices aux grands questionnements de la vie. Au moment où ces jeunes se découvrent « nus » devant le monde ou devant Dieu, il nous appartient, comme adultes, comme baptisés et comme Église, d’être là pour les accompagner sur leur chemin vers la terre promise.  

Ils ont besoin de trouver, en nous, de vrais adultes qui ont appris à apprivoiser la souffrance qui les habite et qui ont su trouver des réponses à leurs propres quêtes. Ils ont aussi besoin de trouver en nous des guides sûrs de la foi qui les habite et qui sauront les accueillir et les accompagner. Ils ont besoin de nous pour leur proposer de vivre des expériences significatives qui les aideront à se connaître et à construire leur identité. Ils ont besoin de nous pour découvrir le regard d’un Dieu  Amour qui les aime, les choisit et les a créés tels qu’ils sont.

Finalement, ils ont besoin que l’Église continue de se dresser comme un phare, sur leur chemin, fidèle témoin de cette lumière qui attire et réchauffe le cœur. Un phare qui a pour fonction d’éclairer leurs réflexions par sa compréhension du monde et de l’humanité, peu importe la direction qu’ils choisiront d’emprunter.

vol. 123, no 1 • Mars 2018

Chemins franciscains propose un nouvel art de vie inspiré de Claire et de François d’Assise au cœur des défis actuels de la famille humaine.

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